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Jean-Jacques Rousseau
Philosophie

Jean-Jacques Rousseau

TORIma Académie — Philosophe politique / Écrivain

Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques Rousseau (Royaume-Uni : États-Unis : ; Français : [ʒɑ̃ʒak ʁuso] ; 28 juin 1712 – 2 juillet 1778) était un philosophe, philosophe, écrivain et compositeur genevois. Son…

Jean-Jacques Rousseau (français : [ʒɑ̃ʒakʁuso] ; 28 juin 1712 - 2 juillet 1778) était un éminent philosophe, philosophe, auteur et compositeur genevois. Sa philosophie politique a façonné de manière significative le siècle européen des Lumières, a influencé des aspects clés de la Révolution française et a contribué à l'évolution des théories politiques, économiques et éducatives modernes.

Deux ouvrages fondateurs de Rousseau, Discours sur les inégalités, qui pose la propriété privée comme l'origine des disparités sociétales, et Le contrat social, qui délimite le cadre d'un système politique légitime, sont considérés comme les pierres angulaires de la théorie politique et sociale moderne. Son roman sentimental, Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), a joué un rôle crucial en favorisant l'émergence du préromantisme et du romantisme dans la fiction littéraire. De plus, Émile, ou De l'éducation (1762) est un traité pédagogique influent examinant le rôle de l'individu au sein de la société. Les œuvres autobiographiques de Rousseau, notamment les Confessions publiées à titre posthume (achevées en 1770), pionnières de l'autobiographie moderne, et les Rêves du marcheur solitaire (composées entre 1776 et 1778), inachevées, incarnent « l'âge de la sensibilité » de la fin du XVIIIe siècle. Ces textes mettent notamment l’accent sur la subjectivité et l’introspection, caractéristiques qui définiront par la suite l’expression littéraire moderne.

Biographie

Jeunesse

Jean-Jacques Rousseau est né dans la République de Genève, alors cité-État et associé protestant de la Confédération suisse, aujourd'hui canton de Suisse. À partir de 1536, Genève fonctionnait comme une république huguenote et servait de plaque tournante du calvinisme. Cinq générations avant la naissance de Rousseau, son ancêtre Didier, libraire potentiellement impliqué dans la publication de tracts protestants, chercha refuge à Genève en 1549, fuyant les persécutions des catholiques français. Dès son arrivée, il s'établit comme marchand de vins.

Rousseau a exprimé sa fierté que sa famille, appartenant à l'ordre moyen (ou classe moyenne), possède le droit de vote au sein de la ville. Constamment tout au long de sa vie, il appose la signature « Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève » sur ses ouvrages publiés. Théoriquement, Genève fonctionnait comme une démocratie gouvernée par ses citoyens masculins votants. Cependant, ces citoyens constituaient une minorité de la population totale, surtout par rapport aux immigrants (habitants) et à leur progéniture (autochtones). Dans la pratique, la ville n'était pas administrée par le vote des citoyens mais plutôt contrôlée par un groupe sélectionné de familles aisées formant le Conseil des Deux Cents. Ce conseil, à son tour, a délégué son autorité à un organe exécutif de 25 membres, connu sous le nom de « Petit Conseil », issus de ses propres rangs.

Un discours politique important a imprégné Genève, atteignant même les commerçants. Un point central de discorde tournait autour du concept de souveraineté populaire, que l’oligarchie au pouvoir semblait ignorer. En 1707, Pierre Fatio, partisan de la réforme démocratique, conteste publiquement cet état de fait, affirmant : « Un souverain qui n'accomplit jamais un acte de souveraineté est un être imaginaire ». Il a ensuite été exécuté sur ordre du Petit Conseil. Bien que le père de Jean-Jacques Rousseau, Isaac, soit absent de la ville à cette époque, son grand-père avait soutenu Fatio et encourait des sanctions en conséquence.

Isaac Rousseau, le père de Jean-Jacques, a poursuivi la tradition familiale en se lançant dans le métier d'horloger, à la suite de son grand-père, de son père et de ses frères. Il s'est également brièvement engagé dans l'enseignement de la danse. Malgré son statut d'artisan, Isaac était particulièrement instruit et possédait une profonde appréciation pour la musique. Rousseau lui-même l'a observé en déclarant : « Un horloger genevois est un homme qu'on peut présenter partout ; un horloger parisien n'est digne que de parler de montres. »

En 1699, Isaac rencontra des complications politiques après s'être engagé dans une dispute avec des officiers anglais en visite, qui ripostèrent en dégainant leurs épées et en proférant des menaces. Suite à l'intervention des autorités locales, c'est Isaac qui a été pénalisé, reflétant la priorité de Genève de préserver les relations diplomatiques avec les puissances étrangères.

Suzanne Bernard Rousseau, la mère de Jean-Jacques, est issue d'une lignée aisée. Son éducation a été supervisée par son oncle, Samuel Bernard, un prédicateur calviniste. Samuel Bernard a assumé la tutelle de Suzanne suite au décès de son père, Jacques, au début de la trentaine. Jacques avait déjà fait face à des répercussions juridiques et religieuses pour fornication et entretien d'une maîtresse. En 1695, Suzanne fut contrainte de répondre aux accusations de fréquentation d'un théâtre de rue déguisée en paysanne, notamment pour observer M. Vincent Sarrasin, pour qui elle avait de l'affection malgré son état civil. À la suite d'une audience formelle, le Consistoire de Genève a rendu une ordonnance lui interdisant toute interaction ultérieure avec lui.

À l'âge de 31 ans, elle épouse le père de Rousseau. Huit ans auparavant, la sœur d'Isaac avait épousé le frère de Suzanne à la suite d'une grossesse et d'une réprimande ultérieure du Consistoire. L'enfant est cependant décédé pendant l'accouchement. Rousseau a ensuite été informé d'un récit fabriqué concernant ces événements, qui décrivait une histoire d'affection juvénile initialement contrecarrée par un patriarche désapprobateur mais finalement triomphante, aboutissant à deux mariages simultanés qui unissaient les familles. Rousseau ignorait les circonstances réelles.

Jean-Jacques Rousseau est né le 28 juin 1712, racontant plus tard sa naissance précaire : "Je suis né presque mourant, ils avaient peu d'espoir de me sauver". Son baptême eut lieu le 4 juillet 1712, dans l'enceinte de la grande cathédrale. Tragiquement, sa mère a succombé à la fièvre puerpérale neuf jours après l'accouchement, un événement qu'il a ensuite qualifié de « premier de mes malheurs ».

Rousseau et son frère aîné, François, ont été élevés par leur père et une tante paternelle, également nommée Suzanne. À l'âge de cinq ans, le père de Rousseau se départit de la maison familiale, héritée des proches de sa mère. Même si l’intention initiale était que ses fils héritent du capital à l’échéance pendant qu’il vivait des intérêts intérimaires, son père s’est finalement approprié la majorité du produit considérable. La vente de la résidence incite la famille Rousseau à quitter son quartier aisé pour s'installer dans un immeuble situé dans un quartier d'artisans, peuplé d'orfèvres, de graveurs et d'autres horlogers. Cette éducation parmi les artisans a conduit plus tard Rousseau à les opposer favorablement aux producteurs d'œuvres plus esthétiques, observant que « ces personnes importantes qui sont appelées artistes plutôt qu'artisans, travaillent uniquement pour les oisifs et les riches, et mettent un prix arbitraire sur leurs babioles ». Dans cet environnement, Rousseau a également rencontré la politique de classe, alors que les artisans s'engageaient fréquemment dans des campagnes de résistance contre la classe privilégiée dirigeante de Genève.

Rousseau n'a déclaré aucun souvenir du processus d'apprentissage de la lecture, mais il se souvient que son père nourrissait sa passion pour la littérature quand il avait environ cinq ou six ans :

Chaque soir, après le dîner, nous lisions une partie d'un petit recueil de romans [histoires d'aventures], qui avaient appartenu à ma mère. Le dessein de mon père était seulement d'améliorer ma lecture, et il pensait que ces ouvrages divertissants étaient faits pour m'en donner du goût ; mais nous nous trouvâmes bientôt si intéressés par les aventures qu'ils contenaient, que nous lisions alternativement des nuits entières ensemble et ne pouvions supporter d'abandonner qu'après un volume. Parfois, le matin, en entendant les hirondelles à notre fenêtre, mon père, tout honteux de cette faiblesse, criait : « Viens, viens, allons nous coucher ; je suis plus un enfant que toi. (Confessions, Livre 1)

Les récits d'évasion consommés par Rousseau, y compris L'Astrée d'Honoré d'Urfé, l'ont profondément influencé ; il nota par la suite qu'ils "m'ont donné des notions bizarres et romantiques de la vie humaine, dont l'expérience et la réflexion n'ont jamais pu me guérir". Après avoir terminé ces romans, ils ont commencé à lire une compilation de classiques anciens et modernes léguée par son oncle maternel. Parmi ceux-ci, son texte préféré était les Vies des nobles grecs et romains de Plutarque, qu'il lisait à haute voix à son père pendant les activités horlogères de ce dernier. Rousseau percevait l'œuvre de Plutarque comme une forme distincte de récit, décrivant les nobles actions des héros, et imitait fréquemment les actes des personnages qu'il rencontrait. Dans ses Confessions, Rousseau affirmait que l'étude des écrits de Plutarque et "les conversations entre mon père et moi auxquelles elle donna lieu, formèrent en moi l'esprit libre et républicain".

Rousseau a été profondément impressionné en observant les habitants de la ville s'engager dans des activités de milice. Il racontera tout au long de sa vie une scène particulière où, une fois leurs manœuvres terminées, les miliciens volontaires se sont mis à danser autour d'une fontaine, incitant la plupart des habitants des immeubles adjacents, dont Rousseau et son père, à les rejoindre. Rousseau a toujours considéré les milices comme l’incarnation de l’esprit populaire, les opposant aux armées des dirigeants, qu’il considérait comme d’ignobles mercenaires.

À l'âge de dix ans, le père de Rousseau, un chasseur passionné, s'est retrouvé mêlé à un litige avec un riche propriétaire foncier après avoir été appréhendé pour intrusion sur sa propriété. Pour éviter une inévitable défaite judiciaire, il s'installe à Nyon, sur le territoire de Berne, accompagné de la tante Suzanne de Rousseau. Il s'est remarié par la suite et Jean-Jacques n'a eu que très peu de contacts avec lui. Jean-Jacques fut alors confié à son oncle maternel, qui lui fit vivre avec son propre fils, Abraham Bernard, une pension de deux ans chez un pasteur calviniste dans un petit village près de Genève. Durant cette période, les garçons ont acquis des connaissances fondamentales en mathématiques et en dessin. Rousseau, toujours profondément affecté par les services religieux, envisagea même de devenir ministre protestant pendant un certain temps.

La plupart des informations concernant les débuts de la vie de Rousseau proviennent de ses Confessions publiées à titre posthume. Bien que sa chronologie soit quelque peu désordonnée, les chercheurs contemporains ont méticuleusement recherché dans les archives des preuves corroborantes pour compléter le récit. À treize ans, Rousseau est d'abord apprenti chez un notaire, puis chez un graveur qui le soumet à des sévices physiques. A quinze ans, le 14 mars 1728, il fuit Genève après avoir découvert à son retour les portes de la ville verrouillées en raison du couvre-feu.

En Savoie voisine, il trouve refuge chez un prêtre catholique, qui le présente ensuite à Françoise-Louise de Warens, vingt-neuf ans. De Warens était une noble d'origine protestante, éloignée de son mari. Fonctionnant comme prosélyte laïque professionnelle, elle reçut une rémunération du roi du Piémont pour ses efforts visant à convertir les protestants au catholicisme. Ils envoyèrent le jeune Rousseau à Turin, alors capitale de la Savoie (englobant le Piémont, dans l'actuelle Italie), pour finaliser sa conversion. Cet acte nécessita la perte de sa citoyenneté genevoise, bien qu'il se reconvertisse plus tard au calvinisme pour la récupérer.

Leur conversion au catholicisme découlait probablement d'une réaction contre la doctrine calviniste de la dépravation totale de l'humanité. Selon Léon Damrosch, une liturgie genevoise du XVIIIe siècle exigeait que les adeptes affirment : « que nous sommes de misérables pécheurs, nés dans la corruption, enclins au mal, incapables par nous-mêmes de faire le bien ». De Warens, qui nourrissait des tendances déistes, trouvait attrayante la doctrine catholique du pardon des péchés.

Effectivement renié par son père et son oncle, l'adolescent Rousseau subvenait pendant un certain temps en travaillant comme domestique, secrétaire et précepteur, voyageant à travers l'Italie (en particulier le Piémont et la Savoie) et la France. L'une de ses élèves était Stéphanie Louise de Bourbon-Conti. Tout au long de cette période, il réside par intermittence avec de Warens, qu'il admire profondément. Maurice Cranston observe : « Madame de Warens [...] l'a accueilli dans sa maison et l'a materné ; il l'appelait « maman » et elle l'appelait « petit ». » Satisfait de son dévouement, de Warens s'est efforcé de l'établir dans une profession, en organisant une instruction musicale formelle. Il fréquente également brièvement un séminaire, envisageant une vocation sacerdotale.

Début de l'âge adulte

Lors du vingtième anniversaire de Rousseau, de Warens a entamé une relation amoureuse avec lui, tout en maintenant une intimité avec son intendant. La dimension sexuelle de cette relation, un ménage à trois, a causé confusion et inconfort à Rousseau, mais il a toujours considéré de Warens comme l'amour suprême de sa vie. Personne quelque peu extravagante, elle possédait une vaste bibliothèque et aimait organiser des réunions sociales et écouter de la musique. Grâce à elle et à son cercle intellectuel, qui comprenait un clergé catholique instruit, Rousseau a été initiée au domaine de la littérature et des concepts philosophiques. Bien que Rousseau ait été auparavant un étudiant peu enthousiaste, sa vingtaine, caractérisée par des périodes prolongées d'hypocondrie, l'a vu poursuivre assidûment des études de philosophie, de mathématiques et de musique. À vingt-cinq ans, il reçoit un modeste héritage de sa mère, dont une partie est utilisée pour rembourser de Warens son aide financière. A vingt-sept ans, il décroche un emploi de tuteur à Lyon.

En 1742, Rousseau s'installe à Paris, avec l'intention de présenter à l'Académie des Sciences un nouveau système de notation musicale numérotée, qui, selon lui, assurerait sa prospérité financière. Conçu pour être compatible avec la typographie, son système utilisait une seule ligne, employant des nombres pour désigner les intervalles entre les notes et les points et des virgules pour signifier les durées rythmiques. L'académie, jugeant le système peu pratique, le rejeta ; cependant, ils ont salué son expertise dans le domaine et encouragé de nouvelles tentatives. Cette même année, il se lie d'amitié avec Denis Diderot, se liant autour de discussions partagées sur les activités littéraires.

Entre 1743 et 1744, Rousseau occupe une position respectable mais mal rémunérée de secrétaire du comte de Montaigue, ambassadeur de France à Venise. Cette expérience a suscité en lui une appréciation permanente pour la musique italienne, en particulier l'opéra :

J'avais rapporté de Paris les préjugés de cette ville contre la musique italienne ; mais j'avais aussi reçu de la nature une sensibilité et une finesse de distinction auxquelles les préjugés ne peuvent résister. J'ai bientôt contracté cette passion pour la musique italienne qu'elle inspire à tous ceux qui sont capables d'en ressentir l'excellence. En écoutant des barcaroles, j'ai découvert que je ne savais pas encore ce qu'était le chant...

L'employeur de Rousseau recevait souvent son salaire avec un an de retard et rémunrait son personnel de manière incohérente. Après onze mois, Rousseau a démissionné, ayant développé à la suite de cette expérience une profonde méfiance à l'égard de la bureaucratie gouvernementale.

Retour à Paris

De retour à Paris, Rousseau, sans le sou, se lie d'amitié et devient l'amant de Thérèse Levasseur, une couturière qui était le seul soutien de sa mère et de nombreux frères et sœurs vauriens. Au début, ils ne vivaient pas ensemble, mais plus tard Rousseau emmena Thérèse et sa mère vivre avec lui comme servantes, et assuma lui-même la charge de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. Selon ses Confessions, avant d'emménager avec lui, Thérèse lui a donné un fils et jusqu'à quatre autres enfants (il n'y a aucune vérification indépendante de ce nombre).

Rousseau a écrit qu'il avait persuadé Thérèse de confier chacun des nouveau-nés à un hôpital pour enfants trouvés, pour le bien de son "honneur". "Sa mère, qui craignait les désagréments d'une gosse, est venue à mon secours, et elle [Thérèse] s'est laissée vaincre" (Confessions). Dans sa lettre à Madame de Francueil en 1751, il prétend d'abord qu'il n'est pas assez riche pour élever ses enfants, mais dans le livre IX des Confessions il donne les véritables raisons de son choix : "Je tremblais à l'idée de les confier à une famille mal élevée, pour être encore moins instruits. Le risque de l'éducation à l'hôpital des enfants trouvés était bien moindre".

Dix ans plus tard, Rousseau s'est renseigné sur le sort de son fils, mais malheureusement aucune trace n'a pu être trouvée. Lorsque Rousseau devint par la suite célèbre comme théoricien de l'éducation et de l'éducation des enfants, son abandon de ses enfants fut utilisé par ses critiques, dont Voltaire et Edmund Burke, comme base d'arguments ad hominem.

Commençant par quelques articles sur la musique en 1749, Rousseau a contribué à de nombreux articles à la grande Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, dont le plus célèbre était un article sur l'économie politique écrit en 1755.

Les contributions intellectuelles de Rousseau découlent d'un engagement intense avec des auteurs historiques, souvent affiné grâce à des discussions avec Diderot. En 1749, Rousseau rendit fréquemment visite à Diderot, qui avait été emprisonné dans la forteresse de Vincennes par une lettre de cachet (une lettre scellée du roi) en raison d'opinions exprimées dans sa "Lettre sur les aveugles" (Lettre sur les aveugles), qui suggéraient le matérialisme, la théorie atomique et la sélection naturelle. Selon l'historien des sciences Conway Zirkle, Rousseau considérait le concept de sélection naturelle « comme un agent d'amélioration de l'espèce humaine ».

Rousseau avait entendu parler d'un concours de rédaction parrainé par l'Académie de Dijon et devant être publié dans le Mercure de France sur le thème de savoir si le développement des arts et des sciences avait été moralement bénéfique. Il écrit qu'en marchant jusqu'à Vincennes (à environ cinq kilomètres de Paris), il a eu la révélation que les arts et les sciences étaient responsables de la dégénérescence morale de l'humanité, qui était fondamentalement bonne par nature. Le Discours sur les arts et les sciences de Rousseau de 1750 reçut le premier prix et lui valut une renommée considérable.

Rousseau a continué à s'intéresser à la musique. Il écrivit à la fois les paroles et la musique de son opéra Le devin du village, qui fut joué pour le roi Louis XV en 1752. Le roi fut si satisfait de son œuvre qu'il offrit à Rousseau une pension à vie. Au grand dam de ses amis, Rousseau refusa ce grand honneur, ce qui lui valut la notoriété comme « l'homme qui avait refusé la pension d'un roi ». Il a également refusé plusieurs autres offres avantageuses, parfois avec une brusquerie confinant à la truculence qui l'offensait et lui causait des ennuis. La même année, l'arrivée d'une troupe musicale italienne à Paris et leur interprétation de La serva padrona de Giovanni Battista Pergolesi déclenchent la Querelle des Bouffons, une dispute qui polarise les partisans de la musique française contre les partisans du style italien. Rousseau a soutenu avec enthousiasme le style italien contre Jean-Philippe Rameau et d'autres compositeurs français, contribuant de manière significative au débat avec sa Lettre sur la musique française.

Retour à Genève

De retour à Genève en 1754, Rousseau se reconvertit au calvinisme et retrouve sa citoyenneté genevoise officielle. En 1755, Rousseau achève son deuxième ouvrage majeur, le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (le Discours sur l'inégalité), qui développe les arguments du Discours sur les arts et les sciences.

Rousseau s'est également engagé dans une aventure amoureuse inaboutie avec Sophie d'Houdetot, alors âgée de 25 ans. Cette relation a partiellement influencé son roman épistolaire, Julie, ou la nouvelle Héloïse, qui s'inspire également de ses expériences de jeunesse et idylliques avec Mme de Warens. Sophie était la cousine et l'invitée de Madame d'Épinay, patronne et logeuse de Rousseau, qu'il traitait avec une grande arrogance. Rousseau n'aimait pas les demandes de Madame d'Épinay et trouvait les conversations et l'athéisme superficiel perçu des Encyclopédistes qu'il rencontrait lors de ses rassemblements comme peu sincères et détestables. Ces relations tendues ont abouti à une âpre dispute à trois impliquant Rousseau, Madame d'Épinay, son amant, le journaliste Grimm, et leur ami commun Diderot, qui s'est rangé du côté d'Épinay et Grimm. Diderot a ensuite qualifié Rousseau de « faux, vaniteux comme Satan, ingrat, cruel, hypocrite et méchant », alléguant que Rousseau « m'a sucé des idées, les a utilisées lui-même, puis a affecté de me mépriser ».

La période d'éloignement de Rousseau des Encyclopédistes a coïncidé avec la création de ses trois œuvres principales. Dans ces écrits, il affirmait constamment une profonde conviction dans la genèse spirituelle de l'âme humaine et du cosmos, contrastant fortement avec les philosophies matérialistes de Diderot, La Mettrie et D'Holbach. Pendant cette période, Rousseau bénéficie du patronage de Charles II François Frédéric de Montmorency-Luxembourg et du prince de Conti, qui comptent parmi les nobles les plus riches et les plus influents de France. Si ces clients appréciaient véritablement la compagnie de Rousseau et ses prouesses en matière de conversation, ils profitaient également de sa présence pour défier le roi Louis XV et la faction politique associée à sa maîtresse, Madame de Pompadour. Néanmoins, Rousseau finit par dépasser les limites, risquant leur soutien en critiquant la pratique de l'agriculture fiscale, un système dans lequel certains de ses bienfaiteurs étaient impliqués.

En 1761, le roman sentimental de Rousseau de 800 pages, Julie, ou la nouvelle Héloïse, fut publié et connut un succès considérable. Les descriptions ferventes du paysage pittoresque suisse contenues dans le roman ont profondément trouvé un écho auprès du public, contribuant potentiellement à la fascination du XIXe siècle pour les paysages alpins. En avril 1762, Rousseau publie Du Contrat Social, Principes du droit politique, qui se traduit par Du Contrat Social, Principes du Droit Politique. Même son ami, Antoine-Jacques Roustan, s'est senti obligé de rédiger une réfutation courtoise du chapitre « Religion civile » du Contrat social. Roustan a soutenu que la notion de république chrétienne était intrinsèquement contradictoire, étant donné l'accent mis par le christianisme sur la soumission plutôt que sur l'engagement actif dans la vie publique. Rousseau a aidé Roustan à trouver un éditeur pour cette réfutation.

En mai, Rousseau publie Émile, ou De l'éducation. Une section importante d'Émile, intitulée « La profession de foi d'un vicaire savoyard », a été conçue pour articuler une défense de la conviction religieuse. Le choix par Rousseau d'un vicaire catholique issu d'un milieu paysan modeste – un personnage peut-être inspiré par un prélat bienveillant qu'il a rencontré dans sa jeunesse – pour défendre la croyance religieuse représentait une innovation audacieuse pour son époque. Les principes théologiques du vicaire s'alignaient sur le socinianisme, maintenant connu sous le nom d'unitarisme. Cette doctrine, qui répudiait à la fois le péché originel et la révélation divine, provoqua une forte désapprobation de la part des autorités protestantes et catholiques.

En outre, Rousseau a postulé que toutes les religions sont également valables si elles guident les individus vers la vertu et, par conséquent, les gens devraient adhérer à la foi dans laquelle ils ont été élevés. Cette position d'indifférentisme religieux a conduit à l'interdiction de Rousseau et de ses œuvres tant en France qu'à Genève. L'archevêque de Paris le condamne publiquement en chaire, ses livres sont incinérés et des mandats d'arrêt sont émis. Même d'anciens associés, comme Jacob Vernes de Genève, ont trouvé ses perspectives inacceptables et ont rédigé des réfutations véhémentes.

David Hume, un observateur sympathique, "n'a exprimé aucune surprise lorsqu'il a appris que les livres de Rousseau étaient interdits à Genève et ailleurs". Hume a en outre commenté que Rousseau « n'a pas eu la précaution de jeter un voile sur ses sentiments ; et, comme il dédaigne de dissimuler son mépris pour les opinions établies, il ne pouvait pas s'étonner que tous les fanatiques soient en armes contre lui. La liberté de la presse n'est suffisamment garantie dans aucun pays... pour ne pas rendre quelque peu dangereuse une attaque aussi ouverte contre les préjugés populaires.

Voltaire et Frédéric le Grand

Suite à la condamnation par le Parlement français de Émile de Rousseau, un mandat d'arrêt a été émis, l'obligeant à se réfugier en Suisse. Par la suite, les autorités suisses ont également fait preuve d'hostilité, condamnant à la fois Émile et Le Contrat social. En réponse, Voltaire a invité Rousseau à résider avec lui, en faisant remarquer : « J'aimerai toujours l'auteur du « Vicaire savoyard » quoi qu'il ait fait et quoi qu'il fasse... Qu'il vienne ici [à Ferney] ! Il doit venir ! Je le recevrai à bras ouverts. Il sera ici maître plus que moi. Je le traiterai comme mon propre fils.

Rousseau a ensuite regretté de ne pas avoir répondu à l'invitation de Voltaire. En juillet 1762, suite à la notification qu'il ne pouvait plus résider à Berne, Rousseau reçut le conseil de d'Alembert de s'installer dans la Principauté de Neuchâtel, alors sous le règne de Frédéric le Grand de Prusse. En conséquence, Rousseau accepte une offre de résidence à Môtiers, située à quinze kilomètres de Neuchâtel. Le 11 juillet 1762, Rousseau écrivit une lettre à Frédéric, détaillant son expulsion de France, de Genève et de Berne, et demandant la protection du monarque. Il a en outre reconnu ses critiques passées à l'égard de Frédéric et a indiqué son intention de rester critique à l'avenir, tout en concluant : « Votre Majesté peut disposer de moi comme elle l'entend. Frederick, alors engagé dans la guerre de Sept Ans, correspond ensuite avec Marischal Keith, gouverneur local de Neuchâtel et connaissance commune :

Nous devons secourir ce pauvre malheureux. Son seul délit est d'avoir des opinions étranges qu'il considère comme bonnes. J'enverrai cent écus, avec lesquels vous aurez la bonté de lui donner autant qu'il en aura besoin. Je pense qu'il les acceptera plus facilement en nature qu'en espèces. Si nous n'étions pas en guerre, si nous n'étions pas ruinés, je lui construirais un ermitage avec un jardin, où il pourrait vivre comme, je crois, nos premiers pères... Je pense que le pauvre Rousseau a raté sa vocation ; il est visiblement né pour être un anachorète célèbre, un père du désert, célèbre pour ses austérités et ses flagellations... J'en conclus que la morale de votre sauvage est aussi pure que son esprit est illogique.

Ému par l'aide de Frédéric, Rousseau déclara par la suite un intérêt soutenu pour les efforts du monarque. À l'approche de la fin de la guerre de Sept Ans, Rousseau écrivit de nouveau à Frédéric, exprimant sa gratitude pour l'aide et plaidant pour la cessation des actions militaires, l'exhortant à donner la priorité au bien-être de ses sujets. La réponse directe de Frederick n'est pas enregistrée, bien qu'il ait fait remarquer à Keith que Rousseau avait prononcé une « réprimande ».

Fugitif

Pendant plus de deux ans, de 1762 à 1765, Rousseau résida à Môtiers, consacrant son temps à la lecture, à l'écriture et à l'accueil de visiteurs, dont James Boswell en décembre 1764. Boswell a documenté ses conversations privées avec Rousseau, en utilisant à la fois des citations directes et des dialogues dramatiques, sur plusieurs pages de son journal de 1764. Parallèlement, les ministres locaux ont pris conscience des apostasies perçues dans ses écrits et ont décidé de l'empêcher de continuer à résider dans la région. Le Consistoire de Neuchâtel a ensuite convoqué Rousseau pour répondre à une accusation de blasphème. Il a répondu en demandant une exemption, invoquant son incapacité physique à rester assis pendant de longues périodes en raison d'une maladie.

Frédéric-Guillaume de Montmollin, le pasteur personnel de Rousseau, a commencé à le dénoncer publiquement comme un Antichrist. Au cours d'un sermon incendiaire, Montmollin a cité Proverbes 15 : 8 : « Le sacrifice des méchants est une abomination au Seigneur, mais la prière des hommes droits est son plaisir », ce qui a été universellement interprété comme signifiant la désapprobation divine de la participation de Rousseau à la communion.

Ces attaques ecclésiastiques ont incité les paroissiens, qui ont ensuite commencé à jeter des pierres sur Rousseau lors de ses promenades. Aux premières heures du 6 et du 7 septembre 1765, des pierres furent lancées sur la demeure de Rousseau, entraînant des vitres brisées. A son arrivée chez Rousseau, le fonctionnaire local Martinet constate une telle quantité de pierres sur le balcon qu'il s'écrie : « Mon Dieu, c'est une carrière ! En conséquence, les connaissances de Rousseau à Môtiers recommandèrent son départ de la ville.

Désirant rester en Suisse, Rousseau a choisi d'accepter une offre de déménager sur la petite et solitaire île de Saint-Pierre. Malgré la situation de l'île dans le canton de Berne, dont il avait été expulsé deux ans auparavant, Rousseau reçut l'assurance informelle qu'il pourrait occuper la résidence insulaire sans risque d'arrestation, ce qu'il fit le 10 septembre 1765. Même dans cette retraite isolée, les visiteurs continuèrent à le rechercher comme un personnage notable.

Le 17 octobre 1765, le Sénat de Berne ordonna à Rousseau de quitter l'île et tout le territoire bernois dans un délai de quinze jours. Rousseau a répondu en demandant une prolongation de son séjour, proposant l'incarcération dans leur juridiction, à condition qu'il ait accès à un nombre limité de livres et à des promenades occasionnelles dans le jardin, le tout à ses frais. Le Sénat ordonna cependant à Rousseau de quitter l'île et tout le territoire bernois dans les vingt-quatre heures. En conséquence, le 29 octobre 1765, il quitte l'île de Saint-Pierre pour Strasbourg. Par la suite, il reçut de multiples invitations de divers partis européens, choisissant finalement d'accepter l'offre de David Hume de voyager en Angleterre.

Après avoir obtenu un passeport du gouvernement français, Rousseau quitta Strasbourg le 9 décembre 1765 et arriva à Paris une semaine plus tard pour résider au palais de son ami, le prince de Conti. À Paris, il rencontre Hume, ainsi que de nombreux amis et admirateurs, devenant rapidement une figure marquante de la ville. Au cours de cette période, Hume a noté l'extraordinaire enthousiasme du public pour Rousseau, déclarant : « Il est impossible d'exprimer ou d'imaginer l'enthousiasme de cette nation en faveur de Rousseau... Personne n'a jamais autant apprécié son attention... Voltaire et tous les autres sont complètement éclipsés.

Malgré le désir de réconciliation de Diderot avec Rousseau à cette époque, aucun des deux individus n'a pris contact et, par conséquent, ils ne se sont pas rencontrés.

Lettre de Walpole

Le 1er janvier 1766, Grimm publie dans sa « Correspondance littéraire » une lettre prétendument de Frédéric le Grand à Rousseau. Cette lettre était en fait un canular ludique rédigé par Horace Walpole. Bien que Walpole n'ait jamais rencontré Rousseau, il entretient des liens étroits avec Diderot et Grimm. La lettre a rapidement attiré l’attention du grand public ; On pense que Hume a été présent lors de sa création et y a contribué. Le 16 février 1766, Hume informa la marquise de Brabantane que sa seule implication dans la lettre fabriquée du roi de Prusse était une plaisanterie faite à la table du dîner de Lord Ossory. Cet incident a contribué à la détérioration ultérieure des relations de Hume avec Rousseau.

En Grande-Bretagne

Le 4 janvier 1766, Rousseau quitte Paris accompagné de Hume, du marchand De Luze (un ami de longue date de Rousseau) et de son chien Sultan. Après un voyage de quatre jours jusqu'à Calais, où ils ont passé deux nuits, le groupe est monté à bord d'un navire à destination de Douvres. Ils arrivèrent à Londres le 13 janvier 1766. Peu de temps après leur arrivée, David Garrick obtint une loge privée au Drury Lane Theatre pour Hume et Rousseau lors d'une soirée en présence du roi et de la reine. Garrick a joué à la fois dans une comédie de sa propre composition et dans une tragédie de Voltaire. L'excitation de Rousseau pendant la représentation le fit se pencher de manière précaire, presque tomber de la boîte ; Hume a noté que le roi et la reine semblaient observer Rousseau plus que la mise en scène. Par la suite, Garrick a organisé un dîner pour Rousseau, qui a loué le talent théâtral de Garrick, déclarant: "Monsieur, vous m'avez fait verser des larmes devant votre tragédie et sourire devant votre comédie, même si je comprenais à peine un mot de votre langue."

Pendant cette période, Hume avait une vision positive de Rousseau. Dans une lettre à Madame de Brabantane, Hume déclare que ses observations minutieuses de Rousseau l'ont amené à conclure qu'il n'avait jamais rencontré un individu plus aimable et plus vertueux. Hume décrit Rousseau comme « doux, modeste, affectueux, désintéressé, d'une extrême sensibilité ». Initialement, Hume s'arrangea pour que Rousseau séjourne chez Madame Adams à Londres ; cependant, en raison du flux constant de visiteurs, Rousseau désira bientôt une résidence plus isolée. Bien que l'offre de résider dans un monastère gallois ait séduit Rousseau, Hume l'a convaincu de déménager à Chiswick. Rousseau demande alors à Thérèse de le rejoindre.

Parallèlement, James Boswell, qui était à Paris, se porte volontaire pour accompagner Thérèse chez Rousseau. Boswell avait déjà rencontré Rousseau et Thérèse à Motiers. Il avait envoyé à Thérèse un collier de grenats et avait écrit à Rousseau pour lui demander l'autorisation de correspondre occasionnellement avec elle. Hume anticipait des complications potentielles, remarquant : « Je redoute un événement fatal à l'honneur de notre ami. » Boswell et Thérèse ont passé plus d'une semaine ensemble et, selon les entrées du journal de Boswell, ils ont eu des relations sexuelles à plusieurs reprises. Lors d'une rencontre, Thérèse aurait dit à Boswell : « N'imaginez pas que vous êtes un meilleur amant que Rousseau. »

Étant donné le désir de Rousseau d'avoir une résidence plus isolée, Richard Davenport, un veuf riche et âgé parlant couramment le français, a proposé d'héberger Thérèse et Rousseau à Wootton Hall dans le Staffordshire. Le 22 mars 1766, Rousseau et Thérèse partent pour Wootton, au mépris des conseils de Hume. Hume et Rousseau ne se sont jamais revus. Au départ, Rousseau s'est dit satisfait de son nouveau logement à Wootton Hall, écrivant positivement sur la beauté naturelle de la région et son sens du renouveau, qui lui a permis d'oublier les malheurs passés.

Querelle avec Hume

Le 3 avril 1766, un quotidien publia la lettre canular d'Horace Walpole concernant Rousseau, omettant la paternité de Walpole. Le fait que le rédacteur en chef de la publication soit un ami personnel de Hume a intensifié le désarroi de Rousseau. Par la suite, des articles critiques à l’égard de Rousseau commencèrent à paraître dans la presse britannique. Rousseau pensait que Hume, en tant qu'hôte, aurait dû le défendre. De plus, Rousseau soupçonnait que certaines des critiques publiques incluaient des détails spécifiques connus uniquement de Hume. De plus, Rousseau fut bouleversé de découvrir que Hume résidait à Londres avec François Tronchin, le fils de l'adversaire de Rousseau à Genève.

À cette époque, Voltaire publie anonymement sa Lettre au Dr J.-J. Pansophe, qui présentait des extraits des précédentes déclarations de Rousseau critiquant la vie en Angleterre. Les sections les plus préjudiciables de la publication de Voltaire furent ensuite réimprimées dans un périodique londonien. Rousseau a conclu qu'un complot était en cours pour le discréditer. Une autre source d'insatisfaction de Rousseau était sa crainte que Hume puisse interférer avec sa correspondance. Ce malentendu est né de la lassitude de Rousseau de recevoir un courrier volumineux pour lequel il devait payer les frais de port. Hume proposa d'ouvrir personnellement le courrier de Rousseau et de lui transmettre des lettres importantes, offre que Rousseau accepta. Néanmoins, des preuves suggèrent que Hume a également intercepté le courrier sortant de Rousseau.

Après un échange de lettres avec Rousseau, dont une lettre de dix-huit pages de Rousseau détaillant ses griefs, Hume a déterminé que Rousseau connaissait un déclin de sa stabilité mentale. Après avoir découvert que Rousseau l'avait dénoncé à ses connaissances parisiennes, Hume envoya une copie de la longue lettre de Rousseau à Madame de Boufflers. Elle a répondu en affirmant que, selon elle, l'implication supposée de Hume dans la rédaction de la lettre fabriquée de toutes pièces d'Horace Walpole était à l'origine de l'indignation de Rousseau.

Lorsque Hume a appris que Rousseau était en train de composer les Confessions, il a supposé que leur désaccord actuel serait inclus dans l'ouvrage. Adam Smith, Turgot, Marischal Keith, Horace Walpole et Madame de Boufflers ont déconseillé à Hume de rendre public son différend avec Rousseau. Néanmoins, de nombreux membres de l'entourage de Holbach, notamment d'Alembert, l'encouragent à divulguer son récit des événements. En octobre 1766, le point de vue de Hume sur la querelle fut traduit en français et publié en France ; il a ensuite été publié en Angleterre en novembre. Grimm l'a incorporé dans sa Correspondance littéraire ; finalement :

...le conflit s'est répercuté à Genève, Amsterdam, Berlin et Saint-Pétersbourg. Une douzaine de pamphlets ont intensifié la clameur. Walpole a publié son récit du désaccord ; Boswell a critiqué Walpole ; Le Résumé sur M. Rousseau de Madame de La Tour qualifiait Hume de traître ; Voltaire lui fournit de plus amples informations sur les défauts et les délits de Rousseau, ses visites dans des « lieux mal famés » et ses actions subversives en Suisse. George III "a suivi le conflit avec une intense curiosité".

Une fois que le désaccord est devenu public, en partie à cause des remarques d'éditeurs éminents tels qu'Andrew Millar, Walpole a informé Hume que de tels différends ne servaient qu'à divertir l'Europe. Diderot adopte un point de vue sympathique sur la situation en déclarant : « Je connaissais bien ces deux philosophes. Je pourrais écrire sur eux une pièce qui ferait pleurer, et cela les excuserait tous les deux. Malgré la controverse entourant son conflit avec Hume, Rousseau resta publiquement silencieux, mais il résolut de rentrer en France. Pour accélérer son départ, Thérèse l'avertit que les domestiques de Wootton Hall avaient l'intention de l'empoisonner. Le 22 mai 1767, Rousseau et Thérèse quittent Douvres pour Calais.

À Grenoble

Le 22 mai 1767, Rousseau rentre en France malgré un mandat d'arrêt actif contre lui. Bien qu'il ait adopté un nom d'emprunt, il fut reconnu et la ville d'Amiens organisa un banquet en son honneur. La noblesse française lui offre une résidence durant cette période. Dans un premier temps, Rousseau choisit de résider dans un domaine près de Paris appartenant à Mirabeau. Par la suite, le 21 juin 1767, il s'installe dans un château appartenant au prince de Conti à Trie.

À cette époque, Rousseau commença à éprouver des sentiments de paranoïa, d'anxiété et la croyance en un complot contre lui. Même si tout cela était en grande partie le fruit de son imagination, le 29 janvier 1768, le théâtre de Genève fut détruit par un incendie et Voltaire accusa faussement Rousseau d'en être responsable. En juin 1768, Rousseau quitte Trie, laissant Thérèse, et se rend d'abord à Lyon, puis à Bourgoin. Il invite alors Thérèse à l'y rejoindre et l'l'épouse sous son pseudonyme de « Renou » lors d'une cérémonie civile simulée à Bourgoin le 30 août 1768.

En janvier 1769, Rousseau et Thérèse s'installent dans une ferme située près de Grenoble. Durant cette période, il s'engage dans des études botaniques et finalise son ouvrage fondateur, les Confessions. Parallèlement, il a exprimé des remords concernant sa décision de placer ses enfants dans un orphelinat. Le 10 avril 1770, Rousseau et Thérèse partent pour Lyon, où il cultive une amitié avec Horace Coignet, dessinateur de tissus et musicien amateur. Suivant la recommandation de Rousseau, Coignet compose des intermèdes musicaux pour le poème en prose de Rousseau Pygmalion. Cette œuvre, aux côtés de la romance de Rousseau Le Devin du village, a été jouée à Lyon et a reçu un large succès public. Par la suite, le 8 juin, Rousseau et Thérèse quittent Lyon pour Paris et arrivent dans la capitale le 24 juin.

À leur arrivée à Paris, Rousseau et Thérèse résidaient rue Platrière, alors considérée comme un quartier démodé et aujourd'hui connue sous le nom de rue Jean-Jacques Rousseau. Il subvenait à ses besoins financiers grâce à la transcription musicale et persistait dans ses recherches botaniques. Durant cette période, il est également l'auteur de ses Lettres sur les éléments de botanique. Ces lettres comprenaient une série adressée à Mme Delessert à Lyon, destinée à faciliter l'éducation botanique de ses filles. Les lettres ont reçu un accueil posthume important lors de leur éventuelle publication. Goethe a fait remarquer : « C'est un véritable modèle pédagogique et il complète Emile ».

Rousseau a commencé à rédiger les Confessions en 1765, dans le but de protéger sa réputation des rumeurs malveillantes. L'ouvrage fut achevé en novembre 1770. Malgré sa réticence initiale à le publier, Rousseau commença à proposer des lectures collectives de passages sélectionnés. De décembre 1770 à mai 1771, Rousseau dirigea au moins quatre lectures de groupe du livre, la séance finale s'étendant sur dix-sept heures. Claude Joseph Dorat, participant à l'une de ces séances, a enregistré :

Je m'attendais à une séance de sept ou huit heures ; cela dura quatorze ou quinze ans. ... L'écriture est véritablement un phénomène de génie, de simplicité, de franchise et de courage. Combien de géants réduits en nains ! Combien d'hommes obscurs mais vertueux rétablis dans leurs droits et vengés des méchants par le seul témoignage d'un honnête homme !

Après mai 1771, les lectures collectives cessèrent après que Madame d'Épinay, une amie du chef de la police, en demanda l'arrêt pour protéger sa vie privée. La police a ensuite contacté Rousseau, qui a accepté d'interrompre les lectures. Finalement, ses Confessions furent publiées à titre posthume en 1782.

En 1772, Rousseau reçut une invitation à proposer des recommandations pour une nouvelle constitution pour le Commonwealth polono-lituanien. Cet effort a abouti aux Considérations sur le gouvernement de la Pologne, qui sont devenues son dernier traité politique important.

Également en 1772, Rousseau commença à écrire Rousseau, juge de Jean-Jacques, représentant un autre effort pour répondre à ses détracteurs. Il termina cet ouvrage en 1776. Le livre est structuré en trois dialogues entre deux personnages, un « Français » et « Rousseau », qui débattent des vertus et des défauts d'un troisième personnage, un auteur nommé Jean-Jacques. Cet ouvrage a été caractérisé comme le plus difficile à lire. Dans son avant-propos, Rousseau reconnaît son potentiel de répétition et de désorganisation, mais il implore la compréhension du lecteur, affirmant la nécessité de défendre sa réputation contre la calomnie avant sa disparition.

Dernières années

En 1766, Rousseau fit preuve d'une résilience physique remarquable, impressionnant Hume en restant sur le pont pendant dix heures lors d'une violente tempête nocturne lors du voyage en bateau de Calais à Douvres, tandis que Hume était confiné sur sa couchette. Hume a observé : « Quand tous les marins étaient presque morts de froid... il n'a été blessé... Il est l'un des hommes les plus robustes que j'aie jamais connu. De plus, son état urinaire s’est considérablement amélioré après qu’il ait cessé de suivre les conseils médicaux. Damrosch note qu’à cette époque, permettre une guérison naturelle était souvent plus bénéfique que de subir des interventions médicales. Dans l’ensemble, son état de santé général s’est également amélioré.

Le 24 octobre 1776, alors qu'il traversait une rue étroite de Paris, Rousseau rencontra la voiture d'un noble venant rapidement en sens inverse. Un dogue allemand au galop, appartenant au noble, accompagnait la voiture. Rousseau, incapable d'échapper à la fois à la voiture et au chien, fut renversé par le Dogue Allemand. Il aurait subi une commotion cérébrale et des lésions neurologiques. Par la suite, sa santé s'est détériorée. L'ami de Rousseau, Corancez, a documenté des symptômes suggérant que Rousseau a commencé à avoir des crises d'épilepsie après l'incident.

En 1777, Rousseau reçut la visite d'une figure royale, l'empereur du Saint Empire romain germanique Joseph II. À cette époque, son accès gratuit à l'Opéra avait été rétabli et il assistait périodiquement à des représentations. Durant cette même période (1777-1778), il compose l'une de ses œuvres les plus remarquables, Rêves d'un promeneur solitaire, qui reste inachevée en raison de sa mort.

Au printemps 1778, le marquis Girardin invite Rousseau en lui proposant de résider dans une chaumière située au sein de son château d'Ermenonville. Rousseau et Thérèse s'installent ensuite au domaine le 20 mai. Durant son séjour, Rousseau consacre son temps à collecter des spécimens botaniques et à enseigner la botanique au fils de Girardin. Il se procura également des livres de Paris sur diverses flores, notamment les graminées, les mousses et les champignons, et formula des plans pour finaliser ses œuvres incomplètes, Émile et Sophie et Daphnis et Chloé.

Le 1er juillet, un visiteur a fait remarquer : « Les hommes sont méchants », ce qui a incité Rousseau à répondre : « Les hommes sont méchants, oui, mais l'homme est bon ». Ce soir-là, un concert a eu lieu au château, où Rousseau a interprété sa propre composition pour piano de la Chanson du Saule d'Othello. Il a également partagé un repas copieux avec la famille de Girardin ce jour-là. Le lendemain matin, alors qu'il s'apprêtait à enseigner la musique à la fille de Girardin, Rousseau succomba à une hémorragie cérébrale, qui entraîna une attaque d'apoplexie. Les connaissances médicales actuelles suggèrent que des chutes récurrentes, y compris un incident impliquant un dogue allemand, pourraient avoir contribué à l'accident vasculaire cérébral mortel de Rousseau.

Après sa disparition, des personnalités telles que Grimm et Madame de Staël ont diffusé des rapports non fondés alléguant le suicide de Rousseau ; d'autres rumeurs suggéraient qu'il était mentalement instable au moment de sa mort. Cependant, les personnes qui l'ont rencontré au cours de ses derniers jours ont systématiquement déclaré qu'il gardait un caractère serein.

Le 4 juillet 1778, Rousseau fut enterré sur l'Île des Peupliers, une petite île boisée au bord d'un lac à Ermenonville, qui devint par la suite un lieu de pèlerinage important pour ses nombreux admirateurs. Ses restes furent ensuite transférés au Panthéon le 11 octobre 1794, où ils furent déposés à côté de ceux de Voltaire.

Philosophie

Influences

Rousseau a ensuite raconté qu'en rencontrant la question du concours de rédaction posé par l'Académie de Dijon – qu'il a finalement remporté – « La renaissance des arts et des sciences a-t-elle contribué à la purification des mœurs ? », il a eu une prise de conscience profonde : « au moment où j'ai lu cette annonce, j'ai vu un autre univers et je suis devenu un homme différent. » Son essai répondait à un principe fondamental de la philosophie de Rousseau : le prétendu progrès social et culturel avait, en réalité, abouti uniquement au déclin moral de l'humanité. Cette perspective a été façonnée par les contributions intellectuelles de Montesquieu, François Fénelon, Michel de Montaigne, Sénèque le Jeune, Platon et Plutarque.

La philosophie politique de Rousseau était fondamentalement ancrée dans la théorie des contrats et dans son interprétation des œuvres de Thomas Hobbes. Son cadre intellectuel a également été fortement influencé par son engagement dans les théories de Samuel von Pufendorf et de John Locke. Ces trois philosophes postulaient que les individus existant sans autorité centrale seraient confrontés à des circonstances précaires dans un état de concurrence réciproque. Rousseau, cependant, a soutenu qu'un tel scénario manquait de justification, arguant que l'absence d'autorité centrale exclurait le conflit ou la notion de propriété. Rousseau a particulièrement critiqué l'affirmation de Hobbes selon laquelle puisque l'homme dans « l'état de nature... n'a aucune idée de la bonté, il doit être naturellement méchant ; qu'il est vicieux parce qu'il ne connaît pas la vertu ». À l’inverse, Rousseau soutenait que « la morale intacte » caractérisait « l’état de nature ».

Nature humaine

Le premier homme qui, après avoir clôturé un terrain, a dit "Ceci est à moi" et a trouvé les gens assez naïfs pour le croire, cet homme était le véritable fondateur de la société civile. De combien de crimes, de guerres et de meurtres, de combien d'horreurs et de malheurs personne n'aurait-il pu sauver l'humanité, en rehaussant les enjeux, ou en comblant le fossé, et en criant à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdu si vous oubliez une fois que les fruits de la terre appartiennent à nous tous, et la terre elle-même à personne.

Conformément à d'autres philosophes contemporains, Rousseau a conceptualisé un hypothétique « état de nature » comme cadre normatif. Au sein de cet état primordial, les humains n’auraient « aucune relation morale ni aucune obligation déterminée les uns envers les autres ». En raison des contacts interpersonnels peu fréquents, les distinctions entre les individus auraient une importance minime. Dans cette existence solitaire, les sentiments d’envie ou de méfiance seraient absents, tout comme les notions de propriété ou de conflit.

Rousseau a postulé que les humains partagent deux caractéristiques fondamentales avec d'autres espèces animales : l'amour de soi, défini comme l'instinct d'auto-préservation ; et pitié, représentant l'empathie pour sa propre espèce. Selon lui, ces deux traits précèdent le développement de la raison et de la sociabilité. Il affirmait que seuls les individus moralement compromis donneraient la priorité à leur statut social relatif, une condition qu'il appelait amour-propre, ou vanité. Rousseau n'attribuait pas de supériorité innée à l'homme sur les autres espèces. Néanmoins, il reconnaissait la capacité particulière de l'humanité à modifier sa nature par le libre arbitre, plutôt que d'être uniquement contrainte par ses instincts naturels.

Une caractéristique distinctive des humains, qui les différencie des autres animaux, est la capacité de perfectibilité, qui permet aux individus de faire des choix qui améliorent leur situation. De tels progrès peuvent être durables, favorisant une amélioration non seulement individuelle mais aussi collective. Associée à la liberté humaine, cette capacité inhérente d’amélioration facilite la progression historique de l’humanité. Néanmoins, rien ne garantit que cette trajectoire évolutive conduira invariablement à des résultats positifs.

Développement humain

Rousseau affirmait que la phase de développement qu'il appelait « sauvages » représentait l'état optimal de l'évolution humaine, situé entre la condition sous-optimale des animaux bruts et les excès d'une civilisation décadente.

... rien n'est plus doux que l'homme dans son état primitif, lorsqu'il est placé par nature à égale distance de la stupidité des brutes et de l'illumination fatale de l'homme civil.

Par conséquent, certains critiques ont attribué à Rousseau la conceptualisation du noble sauvage, une notion qui, selon Arthur Lovejoy, interprète mal la perspective philosophique de Rousseau.

Rousseau soutenait qu'à mesure que les humains primitifs diminuaient leur dépendance à l'égard de la nature, ils développaient simultanément des dépendances mutuelles, par lesquelles la formation de la société aboutissait à une perte de liberté en raison de l'application erronée de la perfectibilité. Le passage d'une existence nomade à une existence sédentaire, facilité par la vie en communauté, a précipité l'émergence de la propriété privée. Néanmoins, l’inégalité qui en a résulté n’était pas une conséquence naturelle inhérente mais plutôt le résultat direct de la volonté humaine.

Les conceptualisations de Rousseau sur le développement humain étaient étroitement liées à diverses formes de médiation, définies comme les processus cognitifs que les individus emploient pour interagir avec eux-mêmes et avec les autres à travers des perspectives ou des cadres de pensée alternatifs. Il affirmait que ces processus découlaient de la perfectibilité intrinsèque de l’humanité. Les exemples clés incluent la conscience de soi, le raisonnement moral, l’empathie et l’imagination. Rousseau a délibérément maintenu l'ambiguïté quant à la genèse de ces processus, laissant entendre que la médiation est une composante inhérente et perpétuelle du développement humain. Par exemple, il a suggéré qu'un individu a besoin d'un point de vue externe pour comprendre pleinement sa propre « identité ».

Au départ, lorsque les disparités en matière de richesse et de statut familial étaient négligeables, la formation des premiers groupes humains a coïncidé avec une période transitoire de prospérité sociétale. Cependant, l’émergence ultérieure de l’agriculture, de la métallurgie, de la propriété privée et de la division du travail, ainsi que les dépendances mutuelles qui en ont résulté, ont précipité les disparités économiques et les conflits sociaux. La densité croissante de la population a obligé à s’associer plus étroitement, provoquant un changement psychologique : les individus ont commencé à se percevoir à travers le point de vue des autres, valorisant par conséquent l’approbation extérieure comme fondamentale pour leur estime de soi.

Avec l'avènement de la comparaison interpersonnelle, les humains ont observé des qualités distinctives entre les individus. Néanmoins, l’attribution d’une signification morale à ces attributs a ensuite généré de l’estime, de l’envie et, par conséquent, des hiérarchies sociales. Rousseau observait que si « le sauvage vit en lui-même, l'homme sociable, toujours hors de lui, ne peut vivre que dans l'opinion des autres ». Ce phénomène a finalement conduit à la corruption de l’humanité, « produisant des combinaisons fatales à l’innocence et au bonheur ».

Rousseau a postulé que la reconnaissance des différences humaines a conduit à la création d'institutions sociales. Les progrès de la métallurgie et de l’agriculture ont encore exacerbé les disparités entre les propriétaires fonciers et les sans-propriété. Une fois toutes les terres privatisées, une compétition à somme nulle pour les ressources s’est ensuivie, aboutissant à un conflit. Selon lui, cette situation a facilité la création et le maintien par les riches du « canular » du système politique, perpétuant ainsi leur domination.

Théorie politique

Rousseau affirmait que les structures gouvernementales initiales (monarchie, aristocratie et démocratie) résultaient de divers degrés d'inégalité sociétale. Néanmoins, ces systèmes ont invariablement abouti à une escalade des inégalités, conduisant finalement au renversement révolutionnaire et à l’avènement de nouveaux dirigeants perpétuant des injustices encore plus graves. Malgré ce schéma cyclique, la capacité humaine inhérente à s’améliorer a persisté. Étant donné que les défis de l'humanité découlaient de décisions politiques, Rousseau pensait qu'ils pouvaient être atténués grâce à la mise en œuvre d'un cadre politique supérieur.

Publié en 1762, l'ouvrage fondateur de Jean-Jacques Rousseau, Le Contrat social, a défini les principes fondateurs d'un ordre politique légitime fondé sur le républicanisme classique, devenant ainsi l'un des textes les plus influents de la philosophie politique occidentale. Ce traité développe des concepts précédemment introduits dans son article Économie Politique (Discours sur l'économie politique), paru dans l'Encyclopédie de Diderot. Dans ses pages, Rousseau a conceptualisé un nouveau cadre politique conçu pour restaurer la liberté humaine.

Rousseau a postulé que l'état de nature représentait une existence primitive dépourvue de structures juridiques ou de codes moraux, une condition que l'humanité a transcendée en raison des avantages et de l'impératif de la coopération. Avec l’évolution sociétale, l’émergence de la division du travail et de la propriété privée a nécessité la mise en place d’institutions juridiques. Aux stades avancés du développement sociétal, les individus entrent fréquemment en compétition avec leurs pairs tout en devenant simultanément plus dépendants d’eux. Cette double dynamique met en péril à la fois la survie individuelle et la liberté personnelle.

Rousseau a soutenu qu'en entrant dans la société civile via le contrat social et en renonçant aux droits naturels, les individus pourraient simultanément assurer leur auto-préservation et maintenir leur liberté. Ce résultat découle du principe selon lequel l'adhésion à l'autorité collective de la volonté générale protège les individus de l'asservissement aux désirs des autres, assurant ainsi l'auto-gouvernance puisqu'ils sont, collectivement, les initiateurs de la loi.

Alors que Rousseau soutenait que la souveraineté, définie comme le pouvoir législatif, devait appartenir à la population, il faisait méticuleusement une distinction entre le souverain et le gouvernement. Le gouvernement, composé de magistrats, est chargé de l'exécution et du respect de la volonté générale. À l'inverse, le « souverain » représente l'État de droit, idéalement établi par des processus démocratiques directs au sein d'une assemblée.

Rousseau a explicitement rejeté la notion de souveraineté populaire exercée par le biais d'une assemblée représentative (Livre III, chapitre XV). Il adhère au modèle républicain de la cité-État, citant Genève comme exemple potentiel, à condition qu'elle adhère à ses principes. La France, en raison de sa taille étendue, n'a pas réussi à satisfaire aux critères d'État idéal de Rousseau. Un débat scientifique important autour de l'œuvre de Rousseau s'est centré sur l'affirmation controversée selon laquelle les citoyens, en étant contraints d'obéir à la volonté générale, sont par conséquent rendus libres :

Le concept de volonté générale est fondamental dans le cadre de légitimité politique de Rousseau ; cependant, cela reste une idée particulièrement ambiguë et contestée. Certains chercheurs l'interprètent simplement comme une forme de dictature du prolétariat ou d'oppression de la population urbaine, établissant des parallèles avec des événements comme la Révolution française. Néanmoins, cette interprétation dénature l'intention initiale de Rousseau. Comme le précise le Discours sur l'économie politique, Rousseau a souligné que la volonté générale sert à protéger les individus du collectif, plutôt que d'exiger leur sacrifice à celui-ci. Il a reconnu que les individus possèdent des intérêts égoïstes et factionnels qui pourraient conduire à l’asservissement des autres. Par conséquent, un engagement primordial (mais non exclusif) en faveur du bien commun de tous les citoyens est essentiel, non seulement pour la reconnaissance d'une véritable volonté générale mais aussi pour sa formulation efficace.

Une caractéristique distinctive du Contrat social est sa structure logique rigoureuse, une qualité que Rousseau a cultivée à travers son étude des mathématiques dans la vingtaine :

Rousseau construit sa théorie avec une précision presque mathématique, déduire des propositions à partir du principe fondamental selon lequel l’humanité doit rester alignée sur la nature. La condition « naturelle », caractérisée par la liberté et l'égalité inhérentes, est compromise par l'engagement « contre nature » de l'homme dans des efforts collectifs, conduisant à une inégalité qui restreint ensuite la liberté. L’objectif de ce contrat social, conçu comme un accord tacite, est fondamentalement de garantir l’égalité et, par extension, la liberté en tant que valeurs sociétales primordiales. De nombreuses affirmations politiques, notamment concernant la répartition des pouvoirs, découlent des « axiomes » de l'égalité des citoyens et de leur soumission à la volonté générale.

Théorie économique

Les vastes théories économiques de Rousseau sont articulées à travers ses différents ouvrages, notamment dans le Discours sur les inégalités, le Discours sur l'économie politique, le Contrat social et ses propositions constitutionnelles pour la Corse et la Pologne. Alors que des économistes ultérieurs, dont Joseph Schumpeter, ont critiqué la théorie économique de Rousseau comme étant sporadique et manquant de rigueur, les historiens de la pensée économique saluent sa perspective nuancée sur la finance et ses idées sophistiquées sur le développement. La plupart des chercheurs s’accordent à dire que Rousseau critique la richesse et le luxe modernes. De plus, la philosophie économique de Rousseau est liée à l'agraire et à l'autarcie. Cependant, l'historien Istvan Hont propose une interprétation révisée, affirmant que Rousseau fonctionne à la fois comme un critique et un défenseur du commerce, permettant un commerce bien réglementé au sein d'une société civile correctement gouvernée. Les théoriciens politiques Ryan Hanley et Hansong Li soutiennent en outre que, dans son rôle de législateur moderne, Rousseau ne visait pas à éliminer mais à modérer l'utilité, l'amour-propre et même le commerce, la finance et le luxe, les réorientant au profit du bien-être de la république.

Éducation et éducation des enfants

Le travail le plus noble en éducation est de faire un homme qui raisonne, et nous espérons former un jeune enfant en le faisant raisonner ! Cela commence par la fin ; c’est faire d’un résultat un instrument. Si les enfants savaient raisonner, ils n’auraient pas besoin d’être éduqués.

La philosophie pédagogique de Rousseau ne se concentre pas sur des méthodes spécifiques pour transmettre des informations et des concepts, mais plutôt sur le développement du caractère et de la sensibilité morale de l'élève, lui permettant d'atteindre la maîtrise de soi et de maintenir la vertu même au sein de la société artificielle et imparfaite dans laquelle il habitera. Il propose qu'un hypothétique garçon, Émile, soit élevé dans un milieu rural, que Rousseau considère comme un environnement plus naturel et plus salutaire que la ville, sous la direction d'un tuteur qui orchestre diverses expériences d'apprentissage. Cette approche s'aligne sur ce que l'on appelle désormais la méthode disciplinaire des « conséquences naturelles ». Rousseau a postulé que les enfants discernent le bien du mal en subissant les répercussions de leurs actes, plutôt qu'en recourant aux châtiments corporels. Le rôle du tuteur est d'assurer la sécurité d'Émile tout au long de ces expériences d'apprentissage.

Rousseau a été l'un des premiers partisans d'une éducation adaptée au développement, avec sa délimitation des étapes de développement de l'enfant reflétant sa compréhension de l'évolution culturelle. Il a classé l'enfance en étapes distinctes :

  1. La phase initiale, qui dure jusqu'à environ 12 ans, caractérisée par le fait que les enfants sont principalement influencés par les émotions et les impulsions.
  2. La deuxième étape, de 12 à 16 ans environ, au cours de laquelle les facultés rationnelles commencent à émerger.
  3. L'étape finale, qui commence à l'âge de 16 ans et se poursuit jusqu'à l'âge adulte, marquée par la maturation de l'individu.

Rousseau a préconisé que les jeunes adultes acquièrent une compétence manuelle, telle que la menuiserie, qui exige de la créativité et un esprit critique, dissuade l'oisiveté et fournit un moyen de subsistance pratique si les circonstances changent. Notamment, Louis XVI, un jeune aristocratique, aurait été éduqué de cette manière, ses parents lui faisant apprendre la serrurerie.

Rousseau a soutenu la supériorité morale de la structure familiale patriarcale, s'inspirant du modèle romain antique. Sophie, la future épouse d'Émile et l'incarnation de la féminité idéale de Rousseau, est éduquée pour se soumettre à son mari, tandis qu'Émile, représentant l'homme idéal, est formé pour se gouverner soi-même. Cette distinction n'est pas accessoire à la philosophie pédagogique et politique de Rousseau ; il est plutôt fondamental dans son articulation de la séparation entre les relations privées et personnelles et le domaine public des affaires politiques. Rousseau a conceptualisé la sphère privée comme dépendante de la subordination des femmes pour son bon fonctionnement, une condition qui, selon lui, était également nécessaire pour la sphère politique publique, qui à son tour dépend du privé. Rousseau a prévu le concept moderne de famille nucléaire bourgeoise, dans lequel la mère assume la responsabilité principale de la gestion domestique, de la garde des enfants et de l'éducation de la petite enfance.

Les critiques féministes, depuis la fin du XVIIIe siècle avec Mary Wollstonecraft en 1792, ont critiqué Rousseau pour avoir restreint les femmes à la sphère domestique. Rousseau s'est dit préoccupé par le fait que si les femmes n'étaient pas domestiquées et liées par la pudeur et la honte, « les hommes seraient tyrannisés par les femmes... Car, étant donné la facilité avec laquelle les femmes éveillent les sens des hommes, les hommes seraient finalement leurs victimes... » De plus, Rousseau a plaidé pour que les mères allaitent leurs enfants au lieu d'employer des nourrices. Marmontel a enregistré l'affirmation fréquente de sa femme : « Il faut pardonner quelque chose à lui qui nous a appris à être mères » (en référence à Rousseau).

Les contributions philosophiques de Rousseau ont façonné de manière significative le développement d'approches éducatives progressistes et centrées sur l'enfant. Dans son ouvrage de 1994, L'éducation centrée sur l'enfant et ses critiques, John Darling caractérise de manière critique l'évolution de la théorie éducative moderne comme étant largement dérivée des concepts de Rousseau, une trajectoire qu'il considère défavorablement. De plus, les théories pédagogiques de personnalités comme Pestalozzi et Mme. de Genlis, qui étaient les contemporains de Rousseau, et plus tard Maria Montessori et John Dewey, partagent des points communs substantiels avec les idées de Rousseau, ayant un impact direct sur les méthodologies éducatives contemporaines.

Religion

Après une première conversion au catholicisme, Rousseau est revenu au calvinisme rigoureux de sa Genève natale pendant une phase de réforme morale, adhérant par la suite à cette philosophie religieuse et reconnaissant Jean Calvin comme législateur contemporain pour le reste de sa vie. Contrairement à de nombreux penseurs agnostiques des Lumières, Rousseau a toujours affirmé l’importance fondamentale de la religion. Néanmoins, les perspectives religieuses exprimées dans ses écrits philosophiques peuvent sembler incompatibles avec les doctrines établies du catholicisme et du calvinisme.

Le solide plaidoyer de Rousseau en faveur de la tolérance religieuse, détaillé dans Émile, a été interprété comme promouvant l'indifférentisme, une hérésie théologique, ce qui a entraîné la condamnation du livre à la fois dans la Genève calviniste et dans le Paris catholique. Tout en exprimant son admiration pour la Bible, il trouvait la pratique contemporaine du christianisme profondément insatisfaisante. Sa déclaration dans Le Contrat Social, suggérant que les véritables adhérents du Christ ne constitueraient pas des citoyens efficaces, a probablement contribué à sa condamnation à Genève. De plus, il a rejeté la doctrine du péché originel, un principe central du calvinisme. Dans sa « Lettre à Beaumont », Rousseau a explicitement déclaré : « il n'y a pas de perversité originelle dans le cœur humain. »

Au cours du XVIIIe siècle, de nombreux déistes concevaient Dieu comme un architecte abstrait et impersonnel de l'univers, souvent comparé à une vaste machine. La forme particulière du déisme de Rousseau se distingue cependant par sa profonde dimension émotionnelle. Il percevait la présence de Dieu au sein de la création comme étant intrinsèquement bienveillante, distincte des effets corrupteurs de la société humaine. Cette valorisation spirituelle de la beauté naturelle par Rousseau préfigure les perspectives sur la nature et la religion caractéristiques du romantisme du XIXe siècle. (Des historiens éminents, dont William Everdell, Graeme Garrard et Darrin McMahon, ont également positionné Rousseau au sein du mouvement intellectuel des Contre-Lumières.) Rousseau a exprimé une grande détresse face au fait que ses opinions déistes ont été sévèrement condamnées, alors que les positions plus athées d'autres philosophes ont été largement négligées. Il a ensuite défendu ses perspectives religieuses contre les critiques dans sa « Lettre à Mgr de Beaumont, archevêque de Paris », affirmant que « la liberté de discussion en matière religieuse est essentiellement plus religieuse que la tentative d'imposer une croyance par la force ».

Compositeur

Rousseau a connu un succès modéré en tant que compositeur, créant sept opéras et diverses autres œuvres musicales, ainsi que des contributions significatives à la théorie musicale. Son style de composition intégrait des éléments du baroque tardif à la mode naissante du classique (galant), le plaçant parmi les compositeurs de transition comme Christoph Willibald Gluck et C. P. E. Bach. Parmi ses compositions les plus reconnues figure l'opéra en un acte Le devin du village. Cet opéra présente le duo « Non, Colette n'est point trompeuse », adapté par la suite par Beethoven en une chanson autonome, et sa gavotte de la scène numéro 8 a fourni la mélodie de la chanson folklorique « Go Tell Aunt Rhody ». De plus, il a composé plusieurs motets remarquables, dont certains ont été joués au Concert Spirituel à Paris. La tante Suzanne de Rousseau, fervente passionnée de musique, a considérablement favorisé son intérêt précoce pour la musique. Dans ses Confessions, Rousseau reconnaît sa profonde « dette » envers elle pour avoir cultivé sa passion musicale. Il reçoit une formation musicale formelle à la résidence de Françoise-Louise de Warens. Elle l'a hébergé de façon intermittente pendant environ 13 ans, lui confiant diverses tâches et responsabilités. En 1742, Rousseau conçoit un système de notation musicale à la fois typographiquement compatible et organisé numériquement. Bien qu'il ait présenté cette innovation à l'Académie des Sciences, elle a été rejetée, bien que l'Académie ait salué ses efforts et encouragé de nouvelles tentatives. Son opéra inaugural, Les Muses galantes, a été composé en 1743 et créé en 1745. Rousseau a également conçu un style de notation « boustrophédon », conçu pour faciliter la lecture continue en alternant la direction musicale (par exemple, de droite à gauche pour une portée, puis de gauche à droite pour la portée suivante), éliminant ainsi le besoin pour les musiciens de « sauter » entre les portées.

Un débat notable a eu lieu entre Rousseau et Jean-Philippe Rameau concernant les mérites relatifs de la musique italienne par rapport à la musique française. Rousseau affirmait que la musique italienne excellait en raison de l'accent mis sur la primauté de la mélodie sur l'harmonie. À l’inverse, Rameau affirme la supériorité de la musique française, fondant son argumentation sur le principe selon lequel l’harmonie doit primer sur la mélodie. Le plaidoyer de Rousseau en faveur de la mélodie a avancé le concept selon lequel l'expression artistique devrait donner la priorité à la créativité individuelle plutôt qu'à l'adhésion rigide aux conventions établies. Cette perspective est désormais reconnue comme une caractéristique déterminante du romantisme. Ses arguments promouvaient la libération musicale et modifiaient considérablement la perception du public par rapport à la musique. D'éminents compositeurs, dont Christoph Willibald Gluck et Wolfgang Amadeus Mozart, ont reconnu ses contributions. Après la composition de Le Devin du village en 1752, Rousseau cessa son travail théâtral, invoquant ses convictions morales et sa décision de se désengager des activités mondaines.

Compositions musicales

Héritage

Testament général

Le concept de « volonté générale » de Rousseau n’était pas nouveau ; au lieu de cela, il faisait partie d'un lexique technique reconnu et répandu dans les textes juridiques et théologiques contemporains. Cette expression avait été employée par Diderot, Montesquieu et l'instructeur de Montesquieu, le frère oratorien Nicolas Malebranche. Son objectif était de désigner l’intérêt collectif inhérent à la tradition juridique, en le distinguant et en l’élevant au-dessus des intérêts privés individuels à un moment donné. Ce concept reflétait une idéologie démocratique, affirmant que les citoyens d'une nation devraient entreprendre les actions qu'ils jugent essentielles au sein de leur assemblée souveraine.

Rousseau a plaidé pour un processus législatif exigeant la participation active de tous les citoyens à la prise de décision, facilitée par la discussion et le vote. Il a qualifié cette volonté sociétale collective de « volonté générale », reconnaissant qu'elle pourrait ne pas toujours correspondre aux désirs individuels de chaque membre.

Ce concept constituait également un élément important dans la tradition républicaine plus radicale de Spinoza au XVIIe siècle, dont Rousseau s'écartait sur plusieurs aspects clés, tout en partageant l'accent sur l'importance de l'égalité :

Alors que la notion de Rousseau de la dégénérescence morale progressive de l'humanité à partir du moment où la société civile s'est établie s'écarte nettement de l'affirmation de Spinoza selon laquelle la nature humaine est toujours et partout la même, pour les deux philosophes, l'égalité originelle de l'état de nature est notre objectif ultime et notre critère pour façonner le « bien commun », la volonté générale, ou le mens una de Spinoza, qui seule peut garantir stabilité et salut politique. Sans le critère suprême de l’égalité, la volonté générale n’aurait effectivement aucun sens. Lorsque, pendant la Révolution française, les clubs jacobins de toute la France ont constamment invoqué Rousseau pour exiger des réformes radicales, en particulier celles, telles que la redistribution des terres, destinées à renforcer l'égalité, ils s'appuyaient simultanément, bien qu'inconsciemment, sur une tradition radicale remontant à la fin du XVIIe siècle.

Révolution française

Pendant le règne de la Terreur, Robespierre et Saint-Just se considéraient comme des républicains égalitaires de principe, déterminés à éliminer les excès et la corruption ; leur principale inspiration dans cette entreprise était Rousseau. Robespierre affirmait que les défauts individuels pouvaient être corrigés en défendant le « bien commun », qu'il conceptualisait comme la volonté collective de la population ; ce concept est issu du Volonté général de Rousseau. De plus, les révolutionnaires, influencés par Rousseau, ont établi le déisme comme nouvelle religion civile officielle de la France :

The more radical phases of the Revolution frequently invoked Rousseau's fundamental ideas through ceremonial and symbolic acts. For instance, in August 1793, a ceremony at the demolished Bastille, orchestrated by Jacques-Louis David, the Revolution's leading artistic director, celebrated the new republican constitution's inauguration, which followed the complete abolition of feudal privileges. This event included a cantata drawing from Rousseau's democratic pantheistic deism, as articulated in the renowned "Profession de foi d'un vicaire savoyard" found in book four of Émile.

Edmund Burke a reconnu l'impact de Rousseau sur la Révolution française, le critiquant dans Réflexions sur la Révolution en France. Cette critique a trouvé un écho dans toute l'Europe, incitant Catherine la Grande à interdire les écrits de Rousseau. Le lien perçu entre Rousseau et la Révolution française, en particulier le règne de la terreur, perdura tout au long du siècle suivant. As François Furet notes, "we can see that for the whole of the nineteenth century Rousseau was at the heart of the interpretation of the Revolution for both its admirers and its critics."

Effet sur la Révolution américaine

Noah Webster (1758-1843) se distingue comme un adepte américain important de la philosophie de Rousseau. In 1785, two years prior to the American Constitutional Convention, Webster extensively drew upon Rousseau's Social Contract when composing Sketches of American Policy, an early and widely disseminated treatise advocating for a robust central government in the United States. George Washington, James Madison et probablement d’autres pères fondateurs ont examiné ce travail avant la convention. Additionally, Webster authored two "fan-fiction" sequels to Rousseau's Emile, or On Education (1762), incorporating them into his 1785 Reader for schoolchildren. Son Reader de 1787, ainsi que les éditions ultérieures, présentaient une représentation textuelle idéalisée de Sophie, un personnage de Emile de Rousseau. Webster a ensuite appliqué les théories de Rousseau d'Emile pour plaider en faveur de l'impératif sociétal d'une éducation généralisée des femmes.

Some scholars contend that Rousseau's influence on the United States' Founding Fathers was negligible, notwithstanding conceptual parallels. Both shared convictions concerning the self-evident truth that "all men are created equal" and the necessity of publicly funded education for republican citizens. Il existe un parallèle évident entre le concept de « bien-être général » contenu dans la Constitution des États-Unis et la « volonté générale » de Rousseau. Additional commonalities are evident between Jeffersonian democracy and Rousseau's commendation of Switzerland's and Corsica's economies, characterized by isolated and independent homesteads, as well as his support for a well-regulated civic militia, exemplified by a navy for Corsica and the Swiss cantons' militias.

In contrast, Will and Ariel Durant asserted that Rousseau exerted a distinct political influence on America, stating:

The first sign of [Rousseau's] political influence was in the wave of public sympathy that supported active French aid to the American Revolution. Jefferson a tiré la Déclaration d'Indépendance de Rousseau ainsi que de Locke et Montesquieu. As ambassador to France (1785–89) he absorbed much from both Voltaire and Rousseau...The success of the American Revolution raised the prestige of Rousseau's philosophy.

Rousseau's works may have indirectly shaped American literature via the writings of Wordsworth and Kant, which significantly influenced New England transcendentalist Ralph Waldo Emerson and Unitarians like theologian William Ellery Channing. American novels, including James Fenimore Cooper's The Last of the Mohicans, exhibit republican and egalitarian ideals found in both Thomas Paine's works and English Romantic primitivism.

Critiques de Rousseau

Les premiers critiques de Rousseau incluaient ses confrères philosophes, Voltaire étant le plus éminent. Jacques Barzun note que Voltaire a trouvé le premier discours irritant et le second tout à fait scandaleux. Voltaire a interprété le deuxième discours comme suggérant que Rousseau souhaitait que les lecteurs « marchent à quatre pattes », à la manière d'un sauvage.

Samuel Johnson a confié à son biographe James Boswell : "Je le considère comme l'un des pires hommes ; un coquin, qui devrait être chassé de la société, comme il l'a été".

Jean-Baptiste Blanchard est devenu un éminent critique catholique. Blanchard specifically critiqued Rousseau's concept of "negative education," which advocated delaying formal instruction until a child's reasoning abilities had naturally matured. Au lieu de cela, Blanchard a soutenu que les enfants tireraient de plus grands avantages de l’apprentissage de la petite enfance. De plus, Blanchard s'est opposé aux vues de Rousseau sur l'éducation des femmes, affirmant que les femmes étaient intrinsèquement dépendantes. Il affirmait que détourner les femmes de leur rôle maternel n'était pas naturel et entraînerait un mécontentement des deux sexes.

L'historien Jacques Barzun a postulé que, contrairement à une idée fausse populaire, Rousseau n'était pas un primitiviste, expliquant que pour Rousseau :

L'homme modèle est l'agriculteur indépendant, libre de supérieurs et autonome. C'était une raison suffisante pour la haine des philosophes envers leur ancien ami. Le crime impardonnable de Rousseau fut son rejet des grâces et du luxe de l'existence civilisée. Voltaire avait chanté « Le superflu, la chose la plus nécessaire ». Au niveau de vie des bourgeois élevés, Rousseau substituerait celui des paysans moyens. C'était la campagne contre la ville - une idée exaspérante pour eux, tout comme le fait étonnant que chaque nouvelle œuvre de Rousseau soit un énorme succès, qu'il s'agisse de politique, de théâtre, d'éducation, de religion ou d'un roman sur l'amour.

Madame de Staël a publié ses Lettres sur l'œuvre et le personnage de J.-J. Rousseau dès 1788. Plus tard, en 1819, lors de son remarquable discours « De la liberté ancienne et moderne », le philosophe politique Benjamin Constant, ardent défenseur de la monarchie constitutionnelle et de la démocratie représentative, a critiqué Rousseau – ou plus précisément, ses partisans radicaux, en particulier l'abbé de Mably. Constant les accusait d'affirmer que « tout devait céder la place à la volonté collective et que toutes les restrictions aux droits individuels seraient largement compensées par la participation au pouvoir social ».

Frédéric Bastiat a lancé une critique sévère contre Rousseau dans plusieurs de ses publications, notamment dans « La Loi ». Dans cet ouvrage, suite à une analyse des propres textes de Rousseau, Bastiat affirmait :

And what part do persons play in all this? They are merely the machine that is set in motion. En fait, ne sont-ils pas simplement considérés comme la matière première dont est faite la machine ? Ainsi existe-t-il entre le législateur et le prince le même rapport qu'entre l'agronome et l'agriculteur ; and the relationship between the prince and his subjects is the same as that between the farmer and his land. How high above mankind, then, has this writer on public affairs been placed?

Bastiat contended that Rousseau sought to disregard social orders organically developed by the populace, instead perceiving them as an unthinking multitude to be molded by philosophical elites. Bastiat, recognized by scholars of the Austrian School of Economics as a progenitor of the concept of "spontaneous order," articulated his own perspective on the "Natural Order." He described this as a straightforward economic chain where numerous parties could interact, often without direct knowledge of one another, collaborating and satisfying mutual needs in alignment with fundamental economic principles like supply and demand.

Within such a chain, the production of an item like clothing necessitates independent actions from various participants. Par exemple, les agriculteurs fertilisent et cultivent la terre pour produire du fourrage pour les moutons ; d'autres tondent les moutons, transportent la laine, la transforment en tissu et enfin, les tailleurs créent et vendent les vêtements. Ces individus s’engagent intrinsèquement dans des échanges économiques, sans nécessiter de directives explicites ni de coordination centralisée de leurs efforts. Such intricate chains are evident across all sectors of human activity, where individuals produce or exchange goods and services, collectively and organically forming a complex social order. Cet ordre, a soutenu Bastiat, n'exige pas d'impulsion externe, de coordination centrale ou de surveillance bureaucratique pour produire des avantages sociétaux.

Bastiat further contended that Rousseau's perspectives on human nature contained inherent contradictions. He questioned why, if nature was "sufficiently invincible to regain its empire," it would then require philosophers to guide humanity back to a natural state. Another critical point raised by Bastiat was that a purely natural existence would inevitably subject humanity to avoidable adversities.

The Marquis de Sade's Justine, or the Misfortunes of Virtue (1791) both parodied and drew inspiration from Rousseau's sociological and political concepts, particularly those found in the Discourse on Inequality and The Social Contract. Des idées telles que l'état de nature, la notion de civilisation comme catalyseur de la corruption et du mal et le concept d'humains « signant » un contrat pour renoncer mutuellement à leurs libertés en échange de la protection de leurs droits ont été spécifiquement mentionnés. For example, in Justine, when Thérèse inquires how the Comte de Gernande rationalizes his abuse and torture of women, he responds:

La nécessité de se rendre mutuellement heureux ne peut légitimement exister qu'entre deux personnes également dotées de la capacité de se faire du mal et, par conséquent, entre deux personnes de force proportionnelle : une telle association ne peut jamais naître sans qu'un contrat ne soit immédiatement formé entre ces deux personnes, qui oblige chacune d'elles à n'employer l'une contre l'autre aucune sorte de force qui ne soit préjudiciable à aucune des deux. . . [W]hat sort of a fool would the stronger have to be to subscribe to such an agreement?

Edmund Burke a développé une perception négative de Rousseau à la suite de Burke de Rousseau qui a ensuite lié les vues philosophiques égoïstes de Rousseau à sa vanité personnelle, affirmant que Rousseau "n'avait aucun principe... mais la vanité. Avec ce vice, il était possédé à un degré proche de la folie".

Thomas Carlyle characterized Rousseau as having "the face of what is called a Fanatic . . . his Ideas possessed him like demons." Carlyle a développé davantage le personnage de Rousseau :

La faute et la misère de Rousseau étaient ce que nous nommons facilement par un seul mot, Égoïsme. . . He had not perfected himself into victory over mere Desire; a mean Hunger, in many sorts, was still the motive principle of him. I am afraid he was a very vain man; hungry for the praises of men. . . . His Books, like himself, are what I call unhealthy; not the good sort of Books. There is a sensuality in Rousseau. Combined with such an intellectual gift as his, it makes pictures of a certain gorgeous attractiveness: but they are not genuinely poetical. Not white sunlight: something operatic; une sorte d'entourage rose et artificiel.

Dans son essai, Equality, Charles Dudley Warner a observé que Rousseau s'est inspiré à la fois de Hobbes et de Locke pour sa compréhension de la souveraineté populaire, notant que ce n'était pas le seul cas de manque d'originalité de Rousseau. Warner a en outre déclaré que le discours de Rousseau sur la société primitive, ainsi que ses perspectives non scientifiques et non historiques sur l'état originel de l'humanité, reflétaient des idées communes répandues au milieu du XVIIIe siècle.

En 1919, Irving Babbitt, fondateur du mouvement du « Nouvel Humanisme », a écrit une critique de « l'humanitarisme sentimental », attribuant ses origines à Rousseau. Babbitt's characterization of Rousseau was subsequently challenged in a widely acclaimed and frequently republished essay by A.O. Lovejoy en 1923. Parallèlement, en France, Charles Maurras, théoricien conservateur et fondateur de l'Action Française, "n'a eu aucun scrupule à rejeter fermement la responsabilité du Romantisme et Révolution sur Rousseau en 1922".

Pendant la guerre froide, Rousseau a été critiqué pour son lien perçu avec le nationalisme et les abus qui y sont associés, comme en témoigne l'ouvrage de Jacob Leib Talmon de 1952, Les origines de la démocratie totalitaire. Cette interprétation est devenue connue parmi les chercheurs sous le nom de « thèse totalitaire ». Le politologue J.S. Maloy observe que « le vingtième siècle a ajouté le nazisme et le stalinisme au jacobinisme sur la liste des horreurs pour lesquelles Rousseau pouvait être blâmé. ... Rousseau était considéré comme ayant préconisé exactement le genre de falsification invasive de la nature humaine que les régimes totalitaires du milieu du siècle avaient tenté d'instaurer. » Cependant, Maloy note également que « la thèse totalitaire dans les études de Rousseau a désormais été discréditée en tant qu'attribution d'une réelle influence historique ».

Arthur Melzer, tout en reconnaissant que Rousseau n'aurait probablement pas soutenu le nationalisme moderne, soutient que les théories de Rousseau contiennent néanmoins les « germes du nationalisme ». Cela est évident dans leur articulation de la « politique d’identification », qui repose fondamentalement sur l’émotion sympathique. Melzer suggère en outre qu'en reconnaissant l'inégalité inhérente aux talents humains, Rousseau soutient implicitement la domination d'une minorité sur la majorité. Stephen T. Engel postule que les idées nationalistes de Rousseau préfiguraient les théories contemporaines des « communautés imaginées », qui transcendent les divisions sociales et religieuses internes aux nations.

S'appuyant sur des critiques similaires, la philosophe politique Hannah Arendt est devenue une éminente détractrice de Rousseau au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Arendt a utilisé les idées de Rousseau pour assimiler le concept de souveraineté à la volonté générale. Elle a soutenu que cette poursuite d’une volonté singulière et unifiée, obtenue en supprimant les opinions individuelles au profit de la passion collective, a contribué de manière significative aux excès observés pendant la Révolution française.

Appréciation et influence

L'ouvrage Rousseau and Revolution, rédigé par Will et Ariel Durant, commence par les observations suivantes concernant Rousseau :

Comment se fait-il qu'un homme né pauvre, perdant sa mère à la naissance et bientôt abandonné par son père, atteint d'une maladie douloureuse et humiliante, parte errer pendant douze ans parmi des villes étrangères et des confessions contradictoires, répudié par la société et la civilisation, répudiant Voltaire, Diderot, l'Encyclopédie et le siècle de raison, chassé de lieu en lieu comme un rebelle dangereux, soupçonné de crime et folie, et voyant, dans ses derniers mois, l'apothéose de son plus grand ennemi, comment se fait-il que cet homme, après sa mort, ait triomphé de Voltaire, ravivé la religion, transformé l'éducation, élevé les mœurs de la France, inspiré le mouvement romantique et la Révolution française, influencé la philosophie de Kant et de Schopenhauer, les pièces de Schiller, les romans de Goethe, les poèmes de Wordsworth, Byron et Shelley, le socialisme de Marx, l'éthique de Tolstoï et, au total, a-t-il eu plus d'effet sur la postérité que n'importe quel autre écrivain ou penseur de ce XVIIIe siècle au cours duquel les écrivains étaient plus influents qu'ils ne l'avaient jamais été auparavant ?

Des personnalités littéraires allemandes telles que Goethe, Schiller et Herder ont reconnu la profonde influence de Rousseau sur leur œuvre. Herder considérait notamment Rousseau comme son « guide », tandis que Schiller faisait des parallèles entre Rousseau et Socrate. En 1787, Goethe remarquait spécifiquement que « Emile et ses sentiments avaient une influence universelle sur l'esprit cultivé ». On attribue à la prose élégante de Rousseau une transformation significative de la poésie et du théâtre français, libérant ces genres des conventions littéraires restrictives.

L'impact littéraire de Rousseau s'est étendu à de nombreux autres auteurs, dont Leopardi en Italie ; Pouchkine et Tolstoï en Russie ; Wordsworth, Southey, Coleridge, Byron, Shelley, Keats et Blake en Angleterre ; et Hawthorne et Thoreau en Amérique. Tolstoï a raconté : « À seize ans, je portais autour de mon cou, au lieu de la croix habituelle, un médaillon avec le portrait de Rousseau. »

Son Discours sur les arts et les sciences, qui défendait l'individualisme et critiquait la « civilisation », a été acclamé par des personnalités telles que Thomas Paine, William Godwin, Shelley, Tolstoï et Edward Carpenter. Même Voltaire, contemporain de Rousseau, exprimait son admiration pour la section "Profession de foi du Vicaire savoyard" dans Emile.

Malgré ses critiques, Carlyle admirait la sincérité de Rousseau, remarquant : « malgré tous ses inconvénients, et ils sont nombreux, il a la première et principale caractéristique d'un héros : il est sincèrement sérieux. Sérieusement, si jamais homme l'a été ; comme aucun de ces philosophes français ne l'était. Carlyle a en outre salué le rejet de l'athéisme par Rousseau, observant :

Étrangement, à travers toute cette dégradation, cette dégradation et presque cette folie, il y a au plus profond du cœur du pauvre Rousseau une étincelle d'un véritable feu céleste. Une fois de plus, de l'élément flétri du philosophe, du scepticisme et du persiflage, est né chez cet homme le sentiment et la connaissance ineffaçables que notre vie est vraie : non pas un scepticisme, un théorème ou un persiflage, mais un fait, une terrible réalité. La nature lui avait fait cette révélation ; lui avait ordonné de le dire. Il l'a fait exprimer; sinon bien et clairement, du moins malade et vaguement, aussi clairement qu'il le pouvait.

Parmi les partisans contemporains de Rousseau figurent John Dewey et Claude Lévi-Strauss. Matthew Josephson note que Rousseau a maintenu un statut controversé pendant plus de deux siècles, attirant constamment à la fois des admirateurs et des détracteurs dans l'ère moderne.

Travaux

Grands travaux

Éditions en anglais

Notes, références et sources

Remarques

Références

Sources

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