Honoré-Victorin Daumier (français : [ɔnɔʁedomje] ; 26 février 1808 - 10 ou 11 février 1879) était un éminent artiste français, reconnu comme peintre, sculpteur et graveur. Son vaste œuvre examine de manière critique le paysage social et politique de la France, s'étendant de la Révolution de 1830 à l'effondrement du Second Empire français en 1870. Daumier a survécu en créant des caricatures et des caricatures pour des publications telles que La Caricature et Le Charivari, qui ont établi sa renommée contemporaine et son héritage durable. Démocrate républicain aux tendances ouvrières libérales, il employait fréquemment la satire pour critiquer la monarchie, l'aristocratie, le clergé, les hommes politiques, le pouvoir judiciaire, les professionnels du droit, les forces de l'ordre, les riches, l'armée, la bourgeoisie et des aspects plus larges de la nature humaine et de ses compatriotes.
En tant que peintre dévoué, le style de Daumier était largement aligné sur le réalisme, intégrant souvent des éléments de caricature dans les beaux-arts. Malgré des expositions occasionnelles au Salon parisien, ses peintures ont reçu peu d'attention de la part du public et des critiques français contemporains. Néanmoins, ses pairs artistiques, dont le poète et critique d'art Charles Baudelaire, ont reconnu et hautement estimé ses contributions. Les générations suivantes reconnaîtront Daumier comme un artiste français prééminent du XIXe siècle, dont le travail a eu un impact significatif sur les peintres impressionnistes et postimpressionnistes émergents. La production prodigieuse de Daumier comprenait plus de 100 sculptures, 500 peintures, 1 000 dessins, 1 000 gravures sur bois et 4 000 lithographies, soulignant son dévouement infatigable.
Issu d'un milieu pauvre, Daumier a commencé à travailler à l'âge de douze ans, d'abord avec un huissier de justice, puis dans une librairie d'artistes où il a commencé à dessiner. Son premier développement artistique comprenait le mentorat d'Alexandre Lenoir, la fréquentation de l'Académie Suisse et la maîtrise de la lithographie, lui permettant de produire des publicités, des illustrations et des caricatures dès sa vingtième année. À la suite de la Révolution de juillet 1830, il contribua à des publications politiques satiriques critiquant avec véhémence le nouveau monarque, Louis Philippe Ier, et son administration. En 1832, Daumier fut incarcéré pendant plusieurs mois suite à la sortie de Gargantua, un portrait très provocateur du roi Louis Philippe. À sa libération, il continue à publier des lithographies politiques jusqu'à la promulgation des lois de septembre 1835, qui restreignent la liberté de la presse. Par conséquent, ses caricatures adoptent un ton plus doux, décrivant fréquemment la bourgeoisie et la vie parisienne quotidienne, les thèmes politiques n'apparaissant que de manière indirecte ou voilée. Daumier a dû faire face à d'importantes difficultés financières et à un endettement pendant la majeure partie de sa vie.
En 1846, Daumier épousa Alexandrine Dassy et ils résidèrent sur l'Île Saint-Louis jusqu'en 1863. Au cours de cette période, il entretint des relations avec de nombreux écrivains, poètes, peintres et sculpteurs, dont Baudelaire, Corot, Courbet et Delacroix, et commença à peindre avec un dévouement sincère. À partir de 1853, il passe ses étés à Barbizon et au Valmondois, régions fréquentées par les artistes de l'école de Barbizon et du mouvement réaliste. À mesure que son engagement envers la peinture s'approfondissait, son intérêt pour le dessin animé diminua, entraînant une baisse de sa popularité auprès du public. Le Charivari cesse de publier ses œuvres satiriques en 1860, précipitant une période de difficultés financières. Entre 1863 et 1865, il s'installe dans divers logements autour de Montmartre, perdant le contact avec de nombreuses connaissances. Cependant, en 1864, Le Charivari lui propose un nouveau contrat, lui permettant de recommencer à créer des caricatures pour un public parisien reconnaissant. Daumier s'installe à Valmondois en 1865, où il connaît une détérioration de sa vue et une pauvreté persistante. Malgré ces défis, il persiste à produire des lithographies et des peintures, explorant fréquemment le thème de Don Quichotte. La Troisième République française lui accorde une pension en 1877 et une importante exposition de ses peintures à Paris l'année suivante suscite un succès considérable au cours des derniers mois de sa vie. Daumier est décédé en février 1879, les sources indiquant soit le 10 février, soit le 11 février comme date précise.
Biographie
Années de formation : 1808-1830
Honoré Daumier est né à Marseille, dans le sud de la France, de Jean-Baptiste Louis Daumier et Cécile Catherine Philippe. Son père, Jean-Baptiste, travaillait comme vitrier (profession désormais équivalente à celle d'encadreur), poète et dramaturge de renommée limitée, dont les ambitions littéraires l'ont incité à s'installer à Paris en 1814. Sa femme et son jeune Daumier le suivirent en 1816. Bien que le père de Daumier publia avec succès un volume de vers et vit une troupe de théâtre amateur jouer sa pièce en 1819, la prospérité financière resta insaisissable et la famille endura. la pauvreté. Vers l'âge de douze ans (c. 1820–21), Daumier commença à travailler en raison de la détérioration de la santé de son père. Dans un premier temps, son père lui a assuré un poste de garçon de courses pour un huissier. Par la suite, Daumier trouve du travail chez Delaunay, une librairie de premier plan située au Palais-Royal, lieu central de l'activité culturelle parisienne. Là, il commence à nouer des liens avec des artistes, à cultiver un intérêt pour l'art et à initier sa pratique du dessin. Il consacre un temps libre considérable à ses études au musée du Louvre. En 1822, il fut encadré par Alexandre Lenoir, ami de son père et fondateur du Musée des Monuments Français (aujourd'hui connu sous le nom de Musée national des Monuments Français), qui instruisit Daumier des principes artistiques fondamentaux. L'année suivante, Daumier s'inscrit à l'Académie Suisse, où il pratique le dessin d'après modèles vivants et noue des relations avec ses camarades, dont Philippe Auguste Jeanron et Auguste Raffet.
Au début du XIXe siècle, la lithographie émerge comme une technique de gravure naissante, ayant été inventée en Allemagne à la fin des années 1790. Ce processus offrait une méthode rapide et économique pour la production de masse d’estampes, contrairement aux techniques conventionnelles de gravure et de gravure. Parallèlement, l'art de la caricature, déjà bien établi et populaire en Angleterre grâce à des artistes comme William Hogarth et Thomas Rowlandson, prenait de l'importance en France au cours de cette période. À Paris, les studios de lithographie ont proliféré pour répondre à la demande de journaux et périodiques illustrés abordables dans un climat de troubles sociaux et politiques importants. Daumier a acquis ses compétences en lithographie auprès de Charles Ramelet (1805-1851) et a ensuite obtenu un emploi chez Zéphirin Belliard (1798-1861). Entre le milieu et la fin des années 1820, il a créé une gamme variée d'œuvres, souvent de manière anonyme, notamment diverses illustrations, publicités, représentations de la vie de rue, portraits et caricatures, tout en affinant continuellement ses compétences artistiques au fil du temps.
Carrière : 1830-1864
Après les « Trois Glorieuses » de la Révolution de Juillet en 1830 (l'implication directe de Daumier dans les combats de rue reste à confirmer), une prolifération de nouveaux journaux satiriques illustrés apparut à Paris. Ces publications, caractérisées par leur orientation de gauche, ciblaient les classes populaires. Leur perspective éditoriale reposait en grande partie sur la conviction que la Révolution de 1830, qui a porté Louis-Philippe Ier au pouvoir, avait été principalement menée et assurée par la classe ouvrière, mais ensuite appropriée par l'élite dirigeante et la bourgeoisie à leur propre bénéfice, une classe favorisée par le nouveau monarque. Les premières œuvres remarquables de Daumier ont été présentées dans La Silhouette, le premier hebdomadaire satirique illustré de France, qui a fonctionné de décembre 1829 au 2 janvier 1831. Daumier a apporté son soutien avec enthousiasme, articulant ses convictions politiques de républicain de la classe ouvrière en opposition à la monarchie naissante, à son appareil bureaucratique et à la bourgeoisie qui la soutenait et en profitait. Durant sa brève période d'activité, les rédacteurs de La Silhouette ont été poursuivis et emprisonnés. En 1830, Charles Philipon et Gabriel Aubert fondèrent un autre journal satirique, La Caricature, dont la publication commença précisément au moment où La Silhouette cessa ses activités en raison de la pression monarchique. La Caricature a invité Daumier à rejoindre son équipe, un formidable collectif qui comprenait Achille Devéria, Jean Ignace Isidore Gérard (J. J. Grandville) et Auguste Raffet, aux côtés d'un jeune Honoré de Balzac faisant office de rédacteur littéraire. Balzac est célèbre pour avoir fait cette remarque à propos des lithographies de Daumier : "Eh bien, cet homme a Michel-Ange dans le sang !"
La libération de Gargantua et son incarcération qui a suivi ont valu à Daumier une notoriété significative et un succès public considérable, même si cela n'a rapporté que des avantages financiers minimes.
En avril 1842, ses meubles ont été vendus aux enchères sur décision du tribunal pour régler des dettes impayées.
Le 2 février 1846, Alexandrine Dassy, couturière, donne naissance au fils illégitime de Daumier, également prénommé Honoré Daumier. Le couple officialise leur union le 16 avril 1846. En 1846, ils s'installent au 9 quai d'Anjou sur l'île Saint-Louis, où ils résident jusqu'en 1863. Les récits contemporains caractérisent l'île Saint-Louis à cette époque comme « encore un endroit à part, « une petite ville de province » au milieu de Paris », où les ponts à péage limitaient la circulation occasionnelle, offrant aux artistes à la fois une liberté de création et un logement abordable. Alors que Daumier se consacre à la peinture depuis plusieurs années, son engagement dans ce médium s'intensifie considérablement à la fin des années 1840. Son exposition inaugurale au Salon eut lieu en 1849, où il présenta Le Meunier, son fils et l'âne. Le peintre Boissard de Boisdenier, un voisin, occupait un appartement dans l'Hôtel Lauzum (également connu sous le nom d'Hôtel Pinodan), qui servait de salon important aux écrivains, poètes, peintres et sculpteurs, permettant à Daumier de rencontrer de nombreux artistes influents de son époque. C'est dans ce lieu qu'il fait la connaissance de Charles Baudelaire, qui deviendra par la suite un proche confident et partisan de ses efforts artistiques. En 1852, Baudelaire a contribué à un recueil d'essais faisant l'éloge des lithographies et des estampes de Daumier, le proclamant « l'un de nos principaux hommes, non seulement dans la caricature, mais dans l'art moderne ». Au fil du temps, Daumier a gagné l'estime et la camaraderie d'artistes dont Jean-Baptiste-Camille Corot, Gustave Courbet, Eugène Delacroix, Jean-François Millet et Théodore Rousseau. Ces pairs, contrairement au grand public, accordaient souvent une plus grande estime aux peintures de Daumier qu'à ses lithographies. Delacroix, par exemple, appréciait suffisamment les dessins de Daumier pour en créer des copies pour sa propre étude artistique.
Les révolutions de 1848 installèrent temporairement une coalition de dirigeants libéraux et démocrates en France. A l'annonce d'un concours de peinture pour une allégorie représentant la nouvelle République, Gustave Courbet choisit de ne pas y participer, encourageant plutôt son ami Daumier à soumettre une candidature. Une centaine d'artistes ont soumis anonymement des croquis et des dessins à un jury composé de personnalités telles qu'Alexandre-Gabriel Decamps, Eugène Delacroix, Paul Delaroche, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Philippe Auguste Jeanron, Alphonse de Lamartine, Ernest Meissonier et Théophile Thoré-Bürger. L'esquisse à l'huile de Daumier, La République (actuellement conservée au musée d'Orsay), a suscité un grand succès et a été sélectionnée parmi les 20 finalistes. Les finalistes ont ensuite dû élargir et affiner leurs propositions pour en faire des conceptions plus définitives. Cependant, Daumier, connu pour son non-respect constant des délais et sa ponctualité, n’a jamais produit de tableau plus avancé. L'année suivante, il obtient une commande du ministère de l'Intérieur, facilitée par l'Académie des Beaux-Arts, pour un tableau, avec une première demande d'esquisse d'approbation et un paiement de 1 000 francs. Cinq mois plus tard, la somme allouée fut portée à 1 500 francs. Bien que l'Académie des Beaux-Arts ait poursuivi le dossier pendant 14 ans, Daumier n'a jamais livré ni une esquisse ni un tableau achevé, bien qu'il ait accepté des avances. Finalement, en 1863, il fournit au gouvernement une gouache, L'Ivresse de Silène (1849, Musée des Beaux-Arts, Calais), qui avait déjà été exposée au Salon de 1850.
À partir de 1853 environ, Daumier passe fréquemment ses étés à Valmondois et à Barbizon, s'engageant auprès d'artistes tels que Corot, Daubigny, Millet et Rousseau, renforçant ainsi ses liens au sein de l'école de Barbizon. Vers le milieu et la fin des années 1850, Daumier atteint une maturité artistique accrue et désire de plus en plus se concentrer sur la peinture. Il s'est lassé de la demande incessante de produire de nombreux dessins animés, souvent deux à huit par semaine, malgré sa dépendance aux revenus. Après trois décennies de production constante, l'intérêt du public pour ses caricatures a diminué, ce qui a conduit à son renvoi du Le Charivari en 1860, qui a ensuite cessé de publier son travail. Les années qui suivent, marquées par des difficultés financières, lui offrent simultanément un temps considérable pour la peinture, favorisant un développement artistique et une productivité importants. Un marché naissant pour ses aquarelles détaillées, qui représentaient la vie parisienne contemporaine, offrait un revenu modeste. Daumier expose régulièrement au Salon officiel, mais à cette époque, celui-ci ne se réunit que tous les deux ou trois ans. Il tomba gravement malade en 1858. En 1863, Daumier vendit ses meubles pour obtenir des fonds et quitta l'Île-Saint-Louis pour s'installer dans divers logements à Montmartre, ce qui entraîna une diminution des contacts avec de nombreuses connaissances. En 1864, Le Charivari lui propose un nouveau contrat, ce qui l'incite à revenir à la production de caricatures et de dessins animés pour se nourrir, où il rencontre un public réceptif. Vers le milieu des années 1860, un nombre limité de collectionneurs commencèrent à exprimer leur intérêt pour ses dessins et aquarelles.
Années ultérieures : 1865-1879
À l'été 1865, Daumier réside à Valmondois, au nord de Paris, avec Théodore Rousseau, dont la santé se détériore. Par la suite, Daumier quitte définitivement Montmartre, louant un modeste cottage à Valmondois où il passe le reste de sa vie. Alors qu'il avait exploré le thème dès 1850, il commença un travail sérieux sur Don Quichotte vers 1866 ou 1867, réalisant de nombreuses toiles sur le sujet au cours des années suivantes. Sa vue commença à décliner vers 1865 ou 1866, un état qui s'aggrava progressivement, même s'il continua à créer des dessins et des affiches jusqu'en 1872. Il maintint sa participation aux Salons de Paris pendant plusieurs années, soumettant souvent des œuvres vieilles de plus de dix ans. En 1864, il réalise 100 lithographies, gagnant 400 francs mensuels, mais avec un minimum de temps pour la peinture. En 1866, sa production tomba à 70 lithographies par an, rapportant 200 francs par mois. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, les publications des journaux cessèrent, obligeant Daumier à signer des billets à ordre pour ses dettes. Son ami dévoué, Jean-Baptiste-Camille Corot, acheta secrètement la maison que Daumier louait en 1868 et la lui présenta en guise de surprise, lui transmettant ce cadeau dans une lettre qui disait : "Cher vieux camarade, j'avais une petite maison à Valnondois, près de l'Isle-Adam, qui ne me servait à rien. J'ai eu l'idée de vous l'offrir, et trouvant que c'était une bonne idée, je l'ai fait inscrire chez le notaire. Ce n'est pas pour vous. je fais cela, mais pour ennuyer le propriétaire."
Malgré une vie modeste à Valmondois, marquée par la pauvreté, les dettes et une vue détériorée, Daumier a commencé à recevoir une reconnaissance tardive pour l'œuvre de sa vie au cours de ses dernières années. Le Second Empire français cherche à lui décerner la Légion d'honneur, récompense qu'il refuse discrètement, la jugeant incompatible avec ses convictions politiques et sa production artistique. La Troisième République française prolongea par la suite l'offre de la Légion d'honneur, qu'il déclina de nouveau. Néanmoins, il bénéficie d'une pension de 200 francs par mois (2 400 annuels) en 1877, qui sera portée à 400 francs par mois (4 800 annuels) en 1878. Un groupe de ses amis et admirateurs organise une exposition complète de ses peintures à la galerie Durand-Ruel à Paris. Alors que des toiles individuelles étaient parfois apparues dans les salons, cela marquait la première exposition publique de toute l'étendue artistique de Daumier. Même si elle n'a pas obtenu le succès financier escompté par ses amis, l'exposition a été saluée par la critique et le public, représentant un moment charnière dans l'établissement de la réputation de Daumier en tant que peintre important. Il décède quelques mois plus tard, en février 1879.
Art
Peintures
Daumier, en tant que peintre, a été le pionnier de la représentation de sujets réalistes, employant souvent une perspective critique sur les distinctions de classe. Malgré son association avec le mouvement réaliste, il ne s'identifie pas personnellement comme réaliste ni ne défend activement son idéologie, contrairement à des personnalités telles que Gustave Courbet. L'historien de l'art Maurice Raynal a observé que le réalisme de Daumier n'était pas un choix méthodologique délibéré mais plutôt un aspect intrinsèque de sa nature et le reflet de ses expériences de vie. Raynal a en outre noté que Daumier ne s'est jamais positionné comme un partisan du réalisme, qu'il n'a pas non plus appliqué le terme à son propre art ni cherché à le répudier. À l'inverse, l'historien de l'art H. W. Janson a classé Daumier parmi les romantiques, le décrivant comme « le seul grand artiste romantique qui n'a pas reculé devant la réalité », le distinguant de l'accent romantique dominant sur des thèmes historiques, littéraires ou du Proche-Orient. Jean Leymarie a caractérisé Daumier comme possédant « le tempérament d'un romantique et l'approche d'un réaliste », l'alignant sur la génération Barbizon, même si son orientation artistique est restée sur la figure humaine plutôt que sur les paysages.
Les peintures de Daumier étaient considérées comme radicales pour leur époque. Un commentateur a noté que la « grossièreté » perçue dans l'œuvre de Rembrandt, que certains connaisseurs contemporains jugeaient « ridicule » et « honteuse », était plus facilement acceptée dans les estampes de Daumier, qui servaient un objectif différent et atteignaient un public distinct. Cette dynamique a conduit certains à considérer Daumier le lithographe comme excusant le peintre, tandis que d'autres pensaient que le peintre élevait le lithographe.
Daumier initie fréquemment de nouveaux concepts artistiques, explorant souvent un seul sujet à travers de nombreuses répétitions, parfois jusqu'à 20 fois, jusqu'à ce qu'il juge le thème complètement épuisé. Les sujets récurrents de son œuvre comprenaient: les professionnels de la santé, les praticiens du droit et la justice, les scènes de théâtre et de carnaval (englobant les acteurs, les musiciens, le public et les coulisses, souvent éclairées par l'éclairage de la scène), les artistes et sculpteurs dans leurs ateliers, les collectionneurs et amateurs d'estampes et d'art, les ouvriers des rues parisiens, la classe ouvrière engagée dans des activités de loisirs autour d'une table (comme manger, boire et jouer aux échecs), les wagons de première et de troisième classe, les émigrants ou les réfugiés en transit, et Don Quichotte.
Les peintures de Daumier n'ont été largement reconnues qu'en 1878, à peine un an avant sa disparition. Outre la profonde véracité de sa perspective artistique et la force immédiate de son travail au pinceau, il serait difficile de discerner l'artiste responsable de Robert Macaire, Les Bas bleus, Les Bohémiens de Paris et des Masques, au sein d'œuvres telles que Le Christ et ses Apôtres (installé au Rijksmuseum d'Amsterdam), son Bon Samaritain, Don Quichotte et Sancho Panza, Le Christ moqué, ou encore les croquis retrouvés dans la collection Ionides à South Kensington.
Sculptures
Au-delà de sa production prolifique en tant que lithographe, dessinateur et peintre, Daumier a également créé une importante collection de sculptures en argile crue. Pour préserver ces pièces uniques de la détérioration, certains de ces bustes ont été dans un premier temps répliqués en plâtre. Par la suite, des sculptures en bronze furent coulées à titre posthume à partir de ces modèles en plâtre. Parmi les fonderies de premier plan du XXe siècle impliquées dans ce processus, citons F. Barbedienne, Rudier, Siot-Decauville et la fonderie Valsuani.
Daumier a finalement créé environ 36 bustes représentant des députés français, sculptés dans de l'argile crue. À partir de 1927, des fonderies comme Barbedienne réalisent des éditions en bronze, avec des moulages au nombre de 25 et 30, tandis que Valsuani crée trois moulages spéciaux dérivés de moules en plâtre antérieurs provenant de la collection d'argile Sagot-Le Garrec. Ces bustes en bronze sont tous des reproductions posthumes, basées sur des sculptures originales en argile crue, bien que souvent restaurées. Les versions restaurées en terre cuite sont exposées au Musée d'Orsay à Paris.
À partir du début des années 1950, une collection de « Figurines » en terre cuite voit le jour, principalement associée à la collection Gobin à Paris. Gobin a ensuite chargé Valsuani de produire des moulages en bronze de ces figurines, chacun dans une édition de 30 exemplaires. Ces éditions en bronze étaient posthumes et, contrairement aux bustes évoqués précédemment, il n'existe aucune preuve définitive confirmant la paternité de Daumier des figurines originales en terre cuite. Le point de vue scientifique américain, représenté par J. Wasserman du Fogg-Harvard Museum, remet en question leur authenticité. À l’inverse, la tradition scientifique française, notamment des personnalités comme Gobin, Lecomte, Le Garrec et Cherpin – tous impliqués dans la commercialisation des éditions en bronze – affirme leur provenance Daumier. Le Daumier Register, qui sert de centre international de recherche sur Daumier, et la National Gallery of Art de Washington D.C. classent ces figurines soit « à la manière de Daumier », soit, plus critiquement, « par un imitateur de Daumier » (NGA).
Daumier produisait fréquemment des figurines qui servaient de modèles préparatoires pour ses peintures ultérieures. Parmi ses figurines les plus connues se trouve Le lourd fardeau, qui représente une femme et son enfant. Cette figurine d'environ 14 pouces de hauteur représente la femme portant un objet non précisé, potentiellement un grand sac. L'historien de l'art Oliver W. Larkin a observé les preuves tactiles du processus créatif de Daumier dans l'argile, notant : « On voit dans l'argile la marque des doigts rapides de Daumier alors qu'il poussait la jupe dans les plis soufflés par le vent et utilisait une lame de couteau ou l'extrémité d'un manche de pinceau pour définir les bras croisés et les rides du tissu sur la poitrine. À l'huile, il ne pouvait se rapprocher de ce petit chef-d'œuvre que dans deux toiles appartenant autrefois à Arsène Alexandre.
Daumier a exécuté plusieurs peintures basées sur le thème du Le lourd fardeau. Dans ces œuvres, les figures de la femme et de l’enfant semblent lutter contre des vents violents, un motif visuel que Daumier a utilisé métaphoriquement pour représenter les pressions sociétales plus larges et les adversités auxquelles ils ont été confrontés. Une caractéristique distinctive de ces peintures est l'ombre sombre prononcée qui décrit la femme et l'enfant.
Impressions et graphiques
Daumier a créé des caricatures sociales pour la publication Le Charivari, employant le personnage de Robert Macaire, protagoniste d'un mélodrame populaire, pour faire la satire de la société bourgeoise. Dans une série distincte intitulée L'histoire ancienne, il a critiqué le pseudo-classicisme restrictif qui prévaut dans l'art contemporain. En 1848, Daumier recommence son commentaire politique, contribuant à nouveau au Le Charivari, une publication qu'il quitte en 1863 et qu'il rejoint ensuite en 1864.
Au milieu des années 1840, Daumier commence à publier ses célèbres caricatures représentant la profession juridique, collectivement connues sous le nom de « Les Gens de Justice ». Cette série offrait une satire tranchante ciblant les juges, les accusés, les avocats et les avocats corrompus et avares en général. Plusieurs albums d'une rareté exceptionnelle, comprenant 39 thèmes juridiques distincts, dont 37 avaient déjà paru dans *Le Charivari*, ont été publiés sur papier blanc. Il a été avancé que les premiers emplois de Daumier dans un bureau d'huissier pendant sa jeunesse auraient pu façonner son point de vue critique sur la profession juridique.
En 1834, Daumier crée la lithographie Rue Transnonain, 15 avril 1834, qui représente graphiquement le massacre survenu dans la rue Transnonain lors des émeutes d'avril 1834 à Paris. Cet ouvrage était destiné à L'Association Mensuelle, une publication par abonnement dont les bénéfices étaient destinés à soutenir la liberté de la presse et à couvrir les frais juridiques d'un procès contre le journal satirique et politiquement progressiste Le Charivari, auquel Daumier était un collaborateur régulier. En découvrant l'estampe exposée dans la vitrine du graveur Ernest Jean Aubert à la Galerie Véro-Dodat (un passage du 1er arrondissement), la police a lancé une perquisition et confisqué de nombreux exemplaires de l'estampe, ainsi que la pierre lithographique originale. Par conséquent, les empreintes existantes de la *Rue Transnonain* représentent les vestiges survivants de cet effort de suppression.
Héritage
Baudelaire a caractérisé Daumier comme l'un des hommes les plus importants, je ne dirai pas seulement de la caricature, mais encore de l'art moderne. (l'une des figures les plus importantes, non seulement de la caricature, mais aussi de l'art moderne.) Vincent van Gogh a également exprimé une profonde admiration pour l'œuvre de Daumier. La première monographie complète consacrée à Daumier, intitulée Honoré Daumier, l'hommé et l'œuvre, a été rédigée par Arsène Alexander et publiée en 1888, moins d'une décennie après le décès de Daumier. Une exposition importante de ses créations a eu lieu à l'École des Beaux-Arts en 1901. Les contributions artistiques de Daumier sont conservées dans de nombreuses institutions artistiques mondiales de premier plan, telles que le Louvre, le Metropolitan Museum of Art et le Rijksmuseum. Son héritage est reconnu à travers une œuvre diversifiée, comprenant environ 500 peintures et 1 000 dessins, dont certains représentent des scènes de Don Quichotte, un sujet qui l'a captivé au cours de ses dernières années.
Une interprétation de Don Quichotte et Sancho Panza figurait parmi les œuvres d'art découvertes dans le trésor d'art de Munich de 2012.
Le bicentenaire de Daumier a été commémoré en 2008. à travers de multiples expositions organisées en Asie, en Amérique, en Australie et en Europe. Le musée Am Römerholz à Winterthur dispose d'une galerie dédiée présentant ses caricatures.
Le site Internet Daumier fournit une liste complète de toutes les expositions de Daumier, de 1848 à nos jours.
Informations sur le catalogue complet.
Le registre Daumier, une ressource en ligne offrant un accès à toutes les peintures à l'huile, dessins, lithographies, gravures sur bois et sculptures documentés de Daumier, a été inauguré en juin 2004. Ce registre intègre des résultats de recherches approfondis, des détails de provenance, des historiques d'expositions, des publications et diverses fonctionnalités de recherche.
Informations sur les expositions.
Le site Daumier compile un répertoire de près de 1 500 expositions consacrées à Daumier, datant de 1849 à nos jours.
Détails sur les galeries.
Informations concernant les impressions et les œuvres graphiques.
Détails sur les sculptures.
Informations concernant les dessins et aquarelles.
Peintures créées entre 1842 et 1879.
(Daumier datait rarement ses peintures, ce qui entraînait de fréquents désaccords scientifiques quant à leur chronologie précise.)
Références bibliographiques.
Depuis 2000, le Registre Daumier constitue un catalogue raisonné numérique complet et trilingue. Cette ressource documente méticuleusement toutes les œuvres de Daumier, y compris les lithographies, les gravures sur bois, les sculptures, les dessins, les peintures à l'huile, les pierres lithographiques et les blocs de bois, fournissant des spécifications détaillées et des informations contextuelles. Il fait l'objet de mises à jour continues pour intégrer de nouvelles découvertes scientifiques.
Des médias supplémentaires concernant Honoré Daumier sont disponibles sur Wikimedia Commons.
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- Des citations pertinentes relatives à Honoré Daumier peuvent être trouvées sur Wikiquote.
- Les œuvres de Daumier sont exposées à la National Gallery of Art.
- Le site Web Daumier propose une ressource complète sur la vie et la production artistique de Daumier, y compris des bibliographies et des dossiers d'exposition.
- Le Daumier-Register est un catalogue raisonné numérique trilingue complet qui englobe toutes les œuvres de Daumier (y compris les lithographies, les gravures sur bois, les sculptures, les dessins, les peintures à l'huile, les pierres lithographiques et les blocs de bois) avec des spécifications détaillées et des informations contextuelles, et est régulièrement mis à jour avec de nouvelles recherches.
- Les détails biographiques, le style artistique et la réception critique de Daumier sont documentés.
- La Web Gallery of Art présente les œuvres de Daumier.
- Les lithographies de Daumier et les informations associées sont accessibles à l'Université Brandeis.
- Les estampes de Daumier sont conservées à l'Art Institute of Chicago.
- Honoré Daumier (Français, 1808-1879) est présenté sur MutualArt.com.
- Le musée d'Orsay possède une collection d'œuvres de Daumier comprenant notamment des peintures et une importante sélection de sculptures.
- Une vidéo intitulée Daumier, une exposition insolite sur YouTube donne un aperçu informel d'une exposition de caricatures françaises du XIXe siècle réalisée par Honoré Daumier, fournie par le Daumier-Register.
- Un site Web présente une sélection de vidéos de Daumier du registre Daumier, ainsi que 500 photographies de lithographies de Daumier.
- Le catalogue de l'exposition Daumier Drawings, publié par le Metropolitan Museum of Art, est entièrement accessible en ligne au format PDF.
- Des informations concernant la présence d'Honoré Daumier dans les collections publiques américaines sont disponibles sur le site Web du French Sculpture Census.